On vous explique

Comment l’eau circule entre surface et sous-sol en Bretagne, et pourquoi la ressource en eau est vulnérable

Par Emmanuèle Savelli (OEB)
en collaboration avec Mikaël Le Bihan (OFB) Fabien Blanchet et Loïc Anras (FMA) Flora Lucassou et Bruno Mougin (BRGM) Elodie Bardon (OEB)
Mise à jour : 05 janvier 2024
Temps de lecture : 7 minute(s)
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eau
sol et sous-sol
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Photo de Zone humide
Le cycle de l'eau en Bretagne : comprendre comment il influe sur la ressource en eau
Sources

Données

Surface cumulée des têtes de bassin versant : Extrapolation de l'OEB sur la base des travaux du comité de pilotage de la CLE du Sage Vilaine du 4 octobre 2018 - Démarche sur les têtes de bassin versant : état d’avancement et propositions de suites à donner. (2018) p.3.

Documentation

B. MOUGIN et al. (2008) - SILURES Bretagne - Rapport final - Année 5 - BRGM/RP-56457-FR. Les eaux souterraines considérées sont celles sont les plus proches de la surface (s’écoulant dans les altérites) et celles qui circulent plus profondément dans le milieu fissuré.

photo de Rivière forestière

Avec plus de 30 000 kilomètres de cours d’eau et plus de 500 bassins versants, la Bretagne possède un réseau hydrographique aussi dense que fragile. Des ruisseaux en tête de bassin aux zones humides, en passant par les nappes souterraines, l’eau circule en permanence entre surface et sous-sol. Ce maillage serré joue un rôle essentiel pour limiter les crues, soutenir les rivières en été et préserver la biodiversité. Mais cette organisation particulière rend aussi la région plus vulnérable aux pollutions. Comment fonctionne cet équilibre et pourquoi est-il si sensible ?

Quelles sont les caractéristiques du réseau hydrographique en Bretagne ?

En Bretagne, les pluies efficaces représentent environ 10 milliards de mètres cubes d’eau par an, qui alimentent les rivières et les nappes souterraines.

Pour comprendre comment l’eau s’écoule, on utilise la notion de bassin versant. C’est un territoire où toutes les eaux de pluie s’écoulent vers un même point, appelé exutoire (souvent la mer). En Bretagne, il existe plus de 500 bassins versants, la plupart de petite taille. Les cours d’eau y sont très nombreux : mis bout à bout, ils représentent environ 30 000 km. Beaucoup sont de tout petits ruisseaux situés en amont, en tête de bassin versant. Ces petits cours d’eau couvrent près de 70 % du territoire breton.
 

Infographie Structure d'un bassin versant en Bretagne

Pourquoi rivières et zones humides jouent-elles un rôle central en Bretagne, et en particulier les petits cours d’eau ?

En Bretagne, une grande partie de l’eau est présente en surface. Les rivières distribuent donc la ressource en eau sur tout le territoire. Elles sont connectées aux zones humides et aux nappes souterraines. Leur état dépend aussi beaucoup des activités humaines (agriculture, urbanisation, industrie).

Les rivières en tête de bassin versant limitent les effets des crues (inondations) et des étiages (périodes de basses eaux), servent de zones de reproduction pour de nombreuses espèces et jouent un rôle clé dans l’équilibre des milieux aquatiques. Mais ce sont aussi des zones fragiles, car elles sont les premières touchées par les pollutions.
Les zones humides (marais, prairies humides, landes humides, tourbières, etc.) sont essentielles pour la quantité et la qualité de l’eau. Elles stockent l’eau quand il pleut beaucoup et la restituent progressivement en période sèche. Elles filtrent aussi naturellement une partie des polluants. Ce sont également des milieux très riches en biodiversité.

« Ces têtes de bassin versant sont des lieux essentiels et sensibles pour le cycle de l’eau et la résilience des milieux aquatiques. Ils lissent les variations des niveaux d’eau, en particulier les phénomènes extrêmes (crues et étiages). Ce sont des zones de reproduction par exemple pour la truite, l’écrevisse à pied blanc, la moule perlière ou la lamproie de Planer, et de refuges pour une faune aquatique diversifiée. Les têtes de bassin versant sont aussi la porte d’entrée de la matière organique naturelle (feuilles mortes, branches, etc.) et des substances chimiques polluantes dans les cours d’eau. » (Thibaut Vigneron, chef du service Connaissance à la direction régionale Bretagne de l'OFB)

« La résilience est la capacité d’un système à revenir à son état initial après avoir été perturbé. » (Source : Ressources de géographie pour les enseignants, Géoconfluences) ; L'étiage caractérise une « période de plus basses eaux des cours d'eau et des nappes souterraines (généralement l'été pour les régimes pluviaux). » (Source : Glossaire Eau, milieux marins & biodiversité).

Pourquoi dit-on qu’un cours d’eau en bonne santé est un cours d’eau “vivant” ? Et pourquoi les zones inondables sont essentielles ?

Un cours d’eau en bon état change de forme au fil des saisons, transporte des sédiments et peut déborder dans son lit majeur lors des crues. Ces mouvements naturels, en particulier dans les zones inondables sont cruciaux pour l’équilibre hydrologique d’un territoire. Ils permettent de limiter les inondations en aval, de recharger certaines nappes et de maintenir la biodiversité. Les milieux aquatiques et les zones humides participent aussi à l’auto-épuration de l’eau et à la limitation de l’érosion. Si on empêche la rivière de bouger (digues, bétonisation, etc.), on perturbe son fonctionnement naturel.

Pourquoi l'eau en Bretagne est-elle plus vulnérable aux pollutions ?

En Bretagne, les bassins versants sont souvent petits et les rivières rejoignent rapidement la mer. Cela signifie que l’eau circule vite et a peu de temps pour se dépolluer naturellement. Les polluants peuvent donc atteindre facilement le littoral, ce qui explique la contamination diffuse sur le littoral breton par des éléments nutritifs (nitrates, phosphore), des métaux lourds ou des composés organiques.

« Les sources et les rivières sont des lieux où les nappes souterraines peuvent affleurer à la surface du sol. Des remontées de nappes expliquent par exemple certaines inondations qui surviennent plusieurs jours après un fort épisode pluvieux, en raison de l’inertie du milieu souterrain. Ces inondations peuvent durer plusieurs jours voire plusieurs semaines, et ne sont pas toujours situées à proximité des cours d’eau. La remontée des nappes fragilise la qualité des eaux souterraines car elles se trouvent exposées aux pollutions de surface et, comme l’eau transite bien plus lentement dans le sous-sol et qu’il n’y a pas de possibilité de " chasse d’eau " des nappes souterraines, les polluants peuvent persister plus longtemps que dans les eaux superficielles. » (Flora Lucassou, hydrogéologue au BRGM)

Que sait-on du lien entre eau de surface et eau souterraine en Bretagne ?

L’eau souterraine est stockée dans des réservoirs naturels appelés aquifères. En Bretagne, ils sont nombreux mais souvent petits et dispersés. On distingue les aquifères de socle (roches dures fissurées, très répandus), ceux de roches sédimentaires (plus perméables, souvent utilisés pour l’eau potable) et les aquifères alluviaux (dans les vallées).
Ces réserves d’eau souterraines contribuent à alimenter des rivières (en moyenne, de 35 % à 85 % du débit annuel). En été, quand il pleut peu, elles peuvent fournir presque toute l’eau de certaines rivières.

La présence de nappes souterraines explique également certaines inondations qui apparaissent plusieurs jours après la pluie. L’eau s’infiltrant lentement dans le sol, quand les nappes souterraines se remplissent, elles peuvent remonter à la surface et provoquer des inondations durables, même loin des rivières.

En Bretagne, l’eau circule en permanence entre la pluie, les rivières, les zones humides et les nappes souterraines. Tout est connecté. Cet équilibre naturel est essentiel pour la biodiversité et pour notre approvisionnement en eau, mais il est fragile face aux pollutions et aux aménagements humains.

Que retenir ?

  • Environ 10 milliards de m³ de pluie alimentent les rivières et les nappes souterraines bretonnes chaque année.

  • La Bretagne possède un réseau hydrographique très dense, avec beaucoup de petits cours d’eau. Ils couvrent près de 70 % du territoire breton et jouent un rôle majeur dans la régulation de l’eau.

  • Les têtes de bassin versant sont essentielles : elles régulent les crues, soutiennent les débits en été et contribuent à la biodiversité.

  • Un cours d’eau en bonne santé est un cours d’eau “ vivant ” : il change naturellement de forme, transporte des sédiments et peut déborder dans des zones inondables, ce qui est utile pour l’équilibre du territoire.

  • L’eau circule en permanence entre surface et sous-sol : rivières et nappes souterraines sont étroitement connectées.

  • Les zones humides jouent un rôle d’éponge : elles stockent l’eau, la filtrent et la restituent progressivement.

  • Les nappes souterraines alimentent les rivières (jusqu’à 85 % de leur débit annuel) et peuvent provoquer des inondations retardées après de fortes pluies.

  • L’eau est fragile face aux pollutions, car les bassins versants sont petits et l’eau rejoint rapidement la mer.

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Emmanuèle Savelli
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Timothée Besse
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