Données : BRGM, AELB, AFB, Dreal Bretagne, base de données Eider
Chaque année, le ciel déverse sur la Bretagne près de 26 milliards de mètres cubes d’eau. Mais cette manne est inégalement répartie : l’ouest est plus arrosé que l’est ; et des cours d’eau en crue en hiver peuvent tout aussi bien s’assécher en été, en période de sécheresse. Derrière l’image d’une région pluvieuse se cache en réalité un équilibre fragile, rythmé par les saisons, les reliefs et la capacité du sous-sol à laisser l’eau s’infiltrer. Un équilibre que le changement climatique va modifier. Dans une France à +2,7°C d’ici 2050, les phénomènes extrêmes s’intensifient. Les hivers bretons deviennent plus humides, avec davantage de crues, mais aussi parfois des sécheresses. En été, il fait plus chaud et plus sec, ce qui entraîne des sécheresses plus fréquentes et plus intenses.
Quelle quantité d’eau tombe en Bretagne chaque année ?
Chaque année, avec son climat océanique tempéré, la Bretagne reçoit en moyenne 26 milliards de mètres cubes d’eau sous forme de précipitations (pluie, bruine, orages, grêle, neige). Environ 60 % tombent en automne et en hiver, et il pleut presque deux fois plus à l’ouest qu’à l’est de la région.
La ressource en eau ne se contente pas de varier au cours des mois ; elle change aussi d’une année sur l’autre. « Certaines années, le volume d’eau écoulé qui atteint la mer passe du simple au double ou se réduit de moitié par rapport à la moyenne interannuelle. » (Franck Baraer, météorologue à Météo France).
Tableau de bord interactif - Cumul de précipitations : analyse de l'évolution annuelle
Données de cumul annuels et saisonniers de précipitations, d'évapotranspiration et pluies efficaces à l'échelle des territoires bretons depuis 1959, à partir des données d'observation spatialisées sur une grille géographique régulière (SAFRAN) par le modèle SIM2. Résultats par territoire (région, département, EPCI, commune, SAGE), par année et par saison météorologique ou hydrologique.
Qu’appelle-t-on une « pluie efficace » ?
Toute la pluie qui tombe ne devient pas disponible pour les rivières et les nappes souterraines. Plus de la moitié de l’eau s’évapore depuis les sols et les milieux aquatiques, ou est émises par la transpiration des végétaux : c’est ce qu’on appelle l’évapotranspiration. Celle-ci est réduite en hiver et plus intense en été car il fait plus chaud, les plantes poussent et l’activité biologique des sols ainsi que le couvert végétal sont à leur maximum. Une pluie efficace correspond à la partie des précipitations qui reste réellement disponible pour alimenter les rivières et les nappes. En Bretagne, cela représente environ 40 % des précipitations, soit 10 milliards de mètres cubes d’eau par an.
Les précipitations et l’intensité de l’évapotranspiration varient sur le territoire breton et en fonction des saisons. On parle ici « d’eau brute » c’est-à-dire telle qu’elle se présente dans le milieu naturel avant d’avoir été traitée en vue d’un usage. Elles dépendent du relief, de l’épaisseur des sols et de la nature de la végétation. L'évapotranspiration est en moyenne plus marquée à l'est de la région. Si bien qu’au final, la pluviométrie efficace moyenne est plus importante à l’ouest de la Bretagne et à l’intérieur des terres, que sur le bassin rennais.
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Que devient l’eau de pluie lorsqu’elle arrive sur le sol ? Quel est le niveau de perméabilité du sous-sol breton ?
L’eau de pluie peut ruisseler en surface et rejoindre rapidement les rivières puis la mer, être stockée dans le sol et utilisée par les plantes, ou s’infiltrer en profondeur pour alimenter les nappes souterraines.
Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a évalué qu’en Bretagne entre 10 et 40 % de l’eau de pluie s’infiltre dans des nappes souterraines. Alors que l’eau superficielle circule rapidement pour rejoindre la mer en quelques heures, il faut parfois de 10 à 30 ans pour que l’eau d’une nappe souterraine se renouvelle.
Pour caractériser la capacité du sous-sol à laisser l’eau s’infiltrer en profondeur, le BRGM utilise l’indice de développement et de persistance des réseaux, initialement créé pour évaluer la vulnérabilité des nappes aux pollutions diffuses. À l’échelle de la France, la Bretagne apparaît comme une région où cette capacité d’infiltration est très contrastée même si elle peut atteindre localement des niveaux élevés.
Tableau de bord interactif - Niveaux de nappes d'eau souterraine de Bretagne, analyse de l'évolution mensuelle depuis 1980
Données des niveaux de nappes par station de mesure (réseau piézométrique) du Bureau de recherches géologiques et minières en Bretagne
Pourquoi la recharge hivernale en eau est-elle cruciale ?
La ressource en eau varie de manière cyclique au fil des saisons, sans que cette variation soit aussi marquée que sous un climat continental. La répartition inégale des pluies efficaces sur le territoire breton et leurs fluctuations saisonnières jouent sur la distribution de cette ressource et sa capacité à répondre aux besoins - par exemple en eau potable - aux moments où ils sont les plus forts. Le plus souvent, la période d’octobre à mars permet de recharger les nappes souterraines, les rivières et les retenues d’eau. À ce moment de l’année, l’évapotranspiration est moindre car la végétation fonctionne au ralenti.
Tableau de bord interactif - L'assèchement des cours d'eau bretons
Données d’observations d'écoulements des ruisseaux bretons, aux échelles géographiques pertinentes. Les étiages estivaux des cours d'eau sont caractérisés par l'observation visuelle de leur niveau d'écoulement, par les agents de l’Office français de la biodiversité via l'Observatoire national des étiages et par les citoyens via le programme de science participatif « En quête d’eau ».
Crédit photo : Antranias - Pixabay | La transpiration des végétaux fait partie des mécanismes qui transforment rapidement après sa chute, l'eau de pluie en vapeur.
La capacité du sous-sol breton à absorber les précipitations est assez variable. Elle est par exemple assez faible, localement, quand se conjuguent une nappe souterraine affleurant au niveau du sol et une formation géologique transférant très lentement l’eau infiltrée. Il y a donc un lien fort entre la pluviométrie et les débits des rivières qui explique l’apparition récurrente d’inondations en hiver, lorsque se succèdent des précipitations sur des sols et un sous-sol, déjà gorgés d’eau. Au contraire, en été, l’évapotranspiration est à son niveau maximum et les prélèvements d’eau sont plus importants (irrigation des cultures, demande plus importante en eau potable). Le volume d’eau écoulé sur l’ensemble des bassins bretons et qui atteint la mer est en moyenne de 11 milliards de m3. Il peut diminuer de moitié ou doubler d’une année sur l’autre.
Lorsque les précipitations se font plus rares, les débits des cours d’eau baissent (on atteint alors l’étiage, c’est-à-dire leur plus bas niveau), tout comme la réserve utile en eau des sols. Les nappes d’eau souterraine et les zones humides deviennent alors les principales ressources pour alimenter les rivières. Les cours d'eau du Massif armoricain présentent des débits d’étiages naturellement faibles, situation localement amplifiée par la pression de prélèvement. La pointe bretonne est moins affectée du fait d'une lame d'eau infiltrée plus importante. Dans les cas les plus extrêmes le cours d’eau s’assèche temporairement, surtout en tête de bassin versant. On dit qu’il est en assec.
La Bretagne est très vulnérable face au manque d’eau. Contrairement à d’autres régions, son sous-sol ne permet pas de stocker l’eau longtemps. Les nappes souterraines peuvent se vider en seulement quelques semaines sans pluie ce qui entraîne une chute rapide des débits les rivières en période sèche. Pour s’approvisionner, la région dépend donc fortement des pluies récentes et du stockage en surface. Aujourd’hui, environ 75 % de l’eau potable provient d’ailleurs de barrages.
S'informer sur les restrictions d'eau en période de sécheresse sur vigieau.gouv.fr
Quel impact pourrait avoir le changement climatique sur la ressource en eau en Bretagne ?
D’après Météo France, depuis 60 ans en Bretagne, les précipitations ont été variables d’une année et d’une station de mesure à l’autre. Les scientifiques ont observé une tendance à l’augmentation des cumuls annuels et estivaux pour une majorité des stations, sans qu’elle soit significative à l’échelle régionale.
Pour imaginer le climat futur, les scientifiques utilisent des modèles climatiques qui permettent de représenter différents scénarios. En France, l’État a choisi un scénario de réchauffement appelé TRACC (Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique) qui prévoit une hausse des températures de +2,7°C d’ici 2050 et jusqu’à +4°C en 2100. Ces changements entraîneront des conséquences directes sur l’hydrologie naturelle en Bretagne (c’est-à-dire le régime d’écoulement des eaux excluant les prélèvements et les rejets d’origines humaines), notamment sur les rivières et les nappes souterraines.
La période hivernale sera plus humide dans le futur, avec plus de pluies et de crues. Mais la variabilité des précipitations persistera et la Bretagne connaîtra aussi des épisodes de sécheresse hivernale plus intenses. Il faudra donc se préparer à plus d’extrêmes climatiques. Les projections climatiques montrent une hausse des températures et une baisse des précipitations en été. Les sols, les nappes souterraines et les cours d’eau vont connaître des sécheresses plus fréquentes, plus longues et plus intenses.
La période hivernale sera globalement plus humide dans le futur (+9 % de précipitations en hautes eaux), avec plus de pluies et de crues. Les crues, c’est-à-dire les moments où les rivières débordent, devraient devenir plus intenses. Les scientifiques estiment que les débits de crues pourraient être 16 % plus forts, même si cela varie selon les endroits. Paradoxalement, la région pourrait aussi connaître davantage de sécheresses en hiver. Les niveaux les plus bas des rivières et des nappes souterraines devraient diminuer, avec des épisodes secs plus fréquents et plus sévères (+19 % d’épisodes secs de nappe en période hivernale). Il faut donc se préparer à plus d’extrêmes climatiques.
Le caractère aléatoire des précipitations en hiver d’une année sur l’autre va persister.
Tableau de bord interactif - Climat passé en Bretagne : tendances climatiques sur les stations de référence Météo France
Données sur les tendances climatiques en Bretagne entre 1961 et 2022, par station de référence Météo France. Les significativités statistiques des tendances, qui permettent de parler de changement climatique, sont indiquées. En deuxième partie se trouvent les graphiques des données annuelles par stations.
Tableau de bord interactif - Les projections climatiques de l'évolution des précipitations en Bretagne
Projections temporelles et cartographiques (échelle de la commune) des anomalies des moyennes annuelles et saisonnières des précipitations en Bretagne, par rapport à la période de référence 1976-2005.
D’après les projections climatiques, les étés seront plus chauds et plus secs dans le futur. Avec la hausse des températures et la baisse des précipitations, les sécheresses devraient devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Les précipitations estivales pourraient baisser d’environ 11 %, et surtout, les pluies efficaces pourraient chuter fortement (jusqu’à -45 %). Cela signifie moins d’eau pour recharger les sols, les nappes et les rivières.
D’ici 2050, avec un réchauffement de +2,7°C, le débit moyen des cours d’eau en été devrait diminuer d’environ 7 %. La baisse serait particulièrement marquée en juillet, août et septembre. Les étiages vont durer plus longtemps. Ils pourraient s’allonger d’environ deux semaines, en commençant plus tôt et en se terminant plus tard. En parallèle, le niveau minimal des rivières devrait baisser d’environ 14 %, augmentant le risque de cours d’eau à sec.
La situation sera critique pour les sols et les nappes souterraines. Avec la chaleur, l’évaporation de l’eau va fortement augmenter (jusqu’à +21 %). Les sols pourraient rester très secs un mois de plus chaque année. Du côté des nappes, les épisodes de sécheresse vont se multiplier, notamment entre mai et octobre. Les situations extrêmes pourraient augmenter de plus de 40 %.
Derrière l’image d’une région naturellement arrosée, la Bretagne doit composer avec une ressource en eau abondante mais inégalement répartie, dépendante des saisons et désormais confrontée aux incertitudes du changement climatique.
- Aller plus loin avec des données spatiales et temporelles détaillées
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Lire notre Mémento - La ressource en eau en Bretagne face au changement climatique
Dans ce document, l’OEB publie un état des lieux prospectif des enjeux hydriques régionaux. Pour la première fois, sont compilées les données et études disponibles sur les futurs de la ressource en eau en Bretagne à l’horizon 2050. De l’évolution de l’hydrologie future à celle des usages, en passant par l’empreinte eau et les liens entre climat et qualité de l’eau, ce Mémento offre une analyse complète des tensions à anticiper pour préserver cette ressource vitale.Consulter nos collections cartographiques
- Le climat breton
- Évolution future des précipitations en Bretagne
- Perméabilité à l'eau du sous-sol en Bretagne
- Atlas cartographique "Chiffres clés de l'évolution du climat en Bretagne, édition 2025"
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- Cumul de précipitations : analyse de l'évolution annuelle depuis 1959
- L'assèchement des cours d'eau bretons
- Climat passé en Bretagne - Tendances climatiques sur les stations de référence Météo France
- Projections climatiques de l'évolution des précipitations en Bretagne
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Que retenir ?
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Chaque année, il tombe en moyenne 26 milliards de m³ d’eau en Bretagne dont 60 % en automne et en hiver, et davantage à l’ouest qu’à l’est.
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Plus de la moitié retourne à l’atmosphère rapidement par évaporation de l’eau et transpiration des plantes (évapotranspiration). Seuls 40 % des précipitations sont finalement utiles (pluies efficaces) pour les rivières et les nappes souterraines.
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Le sous-sol breton est inégalement perméable. Entre 10 et 40 % seulement de l’eau s’infiltre dans les nappes souterraines. L’eau de surface circule vite, mais l’eau souterraine peut mettre 10 à 30 ans à se renouveler. Et la région est très dépendante des pluies récentes et des retenues en surface pour son approvisionnement en eau (75 % de l’eau potable est produite à partir de barrages).
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Les volumes d’eau annuels qui s’écoulent vers la mer varient fortement d’une année à l’autre, allant du simple au double.
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L’hiver est une saison essentielle pour recharger les réserves d’eau. Entre octobre et mars, il pleut davantage et l’évapotranspiration est plus faible : c’est la période clé pour remplir nappes et rivières. En été, au contraire, les niveaux baissent (rivières en étiage voire en assec) car il pleut moins et les besoins en eau augmentent.
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Le sous-sol breton est inégalement perméable. Entre 10 et 40 % de l’eau s’infiltre dans les nappes souterraines. L’eau de surface circule vite, mais l’eau souterraine peut mettre 10 à 30 ans à se renouveler.
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Depuis 60 ans, les précipitations en Bretagne ont été très variables et n’ont pas augmenté de manière significative à l’échelle régionale.
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Dans une France à +2,7°C d’ici 2050, les phénomènes extrêmes s’intensifient. Les hivers bretons deviennent plus humides, avec davantage de crues, mais aussi parfois des sécheresses. En été, il fait plus chaud et plus sec, ce qui entraîne des sécheresses plus fréquentes et plus intenses.
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