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Pourquoi l’hiver est la saison clé pour la ressource en eau en Bretagne

Par Emmanuèle Savelli (OEB)
en collaboration avec Franck Baraer (Météo France) Fabrice Craipeau (AELB) Timothée Besse et Pierre D'arrentières (OEB)
Mise à jour : 02 novembre 2025
Temps de lecture : 8 minute(s)
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Chaque année, le ciel déverse sur la Bretagne près de 26 milliards de mètres cubes d’eau. À l’ouest, les pluies sont plus abondantes ; à l’est, l’évaporation est plus forte. En automne et en hiver, les sols se gorgent d’eau, les rivières gonflent et les nappes souterraines se rechargent lentement. La chaleur et la végétation renvoient une grande partie de cette eau vers l’atmosphère, surtout en été, tandis que les cours d’eau atteignent parfois leur niveau le plus bas. Derrière l’image d’une région pluvieuse se cache en réalité un équilibre fragile, rythmé par les saisons, les reliefs et la capacité du sous-sol à laisser l’eau s’infiltrer.

Quelle quantité d’eau reçoit la Bretagne chaque année ?

Chaque année, avec son climat océanique tempéré, la Bretagne reçoit en moyenne 26 milliards de mètres cubes d’eau sous forme de précipitations (pluie, bruine, orages, grêle, neige). Environ 60 % tombent en automne et en hiver, et il pleut presque deux fois plus à l’ouest qu’à l’est de la région.

La ressource en eau ne se contente pas de varier au cours des mois ; elle change aussi d’une année sur l’autre. « Certaines années, le volume d’eau écoulé qui atteint la mer passe du simple au double ou se réduit de moitié par rapport à la moyenne interannuelle. » (Franck Baraer, météorologue à Météo France).

Consulter les données sur les cumuls annuels et saisonniers de précipitations, d'évapotranspiration et pluies efficaces à l'échelle des territoires bretons depuis 1959. Les résultats sont accessibles à plusieurs échelles de territoire (région, département, EPCI, commune, SAGE), par année et par saison météorologique ou hydrologique.

Qu’appelle-t-on une « pluie efficace » ?

Toute la pluie qui tombe ne devient pas disponible pour les rivières et les nappes souterraines. Plus de la moitié de l’eau s’évapore depuis les sols et les milieux aquatiques, ou est émises par la transpiration des végétaux : c’est ce qu’on appelle l’évapotranspiration. Celle-ci est réduite en hiver et plus intense en été car il fait plus chaud, les plantes poussent et l’activité biologique des sols ainsi que le couvert végétal sont à leur maximum. Une pluie efficace correspond à la partie des précipitations qui reste réellement disponible pour alimenter les rivières et les nappes. En Bretagne, cela représente environ 40 % des précipitations, soit 10 milliards de mètres cubes d’eau par an.

Les précipitations et l’intensité de l’évapotranspiration varient sur le territoire breton et en fonction des saisons. Elles dépendent du relief, de l’épaisseur des sols et de la nature de la végétation. L'évapotranspiration est en moyenne plus marquée à l'est de la région. Si bien qu’au final, la pluviométrie efficace moyenne est plus importante à l’ouest de la Bretagne et à l’intérieur des terres, que sur le bassin rennais.

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Le climat breton de la période 1976-2005 - Cumuls d'évapotranspiration moyenne en été

Que devient l’eau de pluie lorsqu’elle arrive sur le sol ? Quelle est le niveau de perméabilité du sous-sol breton ?

L’eau de pluie peut ruisseler en surface et rejoindre rapidement les rivières puis la mer, être stockée dans le sol et utilisée par les plantes, ou s’infiltrer en profondeur pour alimenter les nappes souterraines.

Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a évalué qu’en Bretagne entre 10 et 40 % de l’eau de pluie s’infiltre dans des nappes souterraines. Alors que l’eau superficielle circule rapidement pour rejoindre la mer en quelques heures, il faut parfois de 10 à 30 ans pour que l’eau d’une nappe souterraine se renouvelle.

Pour caractériser la capacité du sous-sol à laisser l’eau s’infiltrer en profondeur, le BRGM utilise l’indice de développement et de persistance des réseaux, initialement créé pour évaluer la vulnérabilité des nappes aux pollutions diffuses. À l’échelle de la France, la Bretagne apparaît comme une région où cette capacité d’infiltration est très contrastée même si elle peut atteindre localement des niveaux élevés.


Pourquoi la recharge hivernale en eau est-elle cruciale ?

La ressource en eau varie de manière cyclique au fil des saisons, sans que cette variation soit aussi marquée que sous un climat continental. La répartition inégale des pluies efficaces sur le territoire breton et leurs fluctuations saisonnières jouent sur la distribution de cette ressource et sa capacité à répondre aux besoins - par exemple en eau potable - aux moments où ils sont les plus forts. Le plus souvent, la période d’octobre à mars permet de recharger les nappes souterraines, les rivières et les retenues d’eau. À ce moment de l’année, l’évapotranspiration est moindre car la végétation fonctionne au ralenti.

Consulter les données des niveaux de nappes d'eau souterraine en Bretagne, par station de mesure (réseau piézométrique), du BRGM

Photo chêne

Crédit photo : Antranias - Pixabay | La transpiration des végétaux fait partie des mécanismes qui transforment rapidement après sa chute, l'eau de pluie en vapeur.

La capacité du sous-sol breton à absorber les précipitations est assez variable. Elle est par exemple assez faible, localement, quand se conjuguent une nappe souterraine affleurant au niveau du sol et une formation géologique transférant très lentement l’eau infiltrée. Il y a donc un lien fort entre la pluviométrie et les débits des rivières qui explique l’apparition récurrente d’inondations en hiver, lorsque se succèdent des précipitations sur des sols et un sous-sol, déjà gorgés d’eau. Au contraire, en été, l’évapotranspiration est à son niveau maximum et les prélèvements d’eau sont plus importants (irrigation, demande plus importante en eau potable). Lorsque les précipitations se font plus rares, les débits des cours d’eau baissent (on atteint alors l’étiage, c’est-à-dire leur plus bas niveau), tout comme la réserve utile en eau des sols. Les nappes d’eau souterraine et les zones humides deviennent alors les principales ressources pour alimenter les rivières.

Quel impact pourrait avoir le changement climatique sur la ressource en eau en Bretagne ?

D’après Météo France, depuis 60 ans en Bretagne, les précipitations ont été variables d’une année et d’une station à l’autre. Les scientifiques ont observé une tendance à l’augmentation des cumuls annuels et estivaux pour une majorité des stations, sans qu’elle soit significative à l’échelle régionale.

Pour imaginer le climat futur, les scientifiques utilisent des modèles climatiques qui permettent de représenter différents scénarios, par exemple une France à +4 °C d’ici 20100. Ces modèles montrent comment les précipitations pourraient évoluer en Bretagne. 

Les modélisations s’accordent sur le fait que les fortes pluies devraient devenir plus intenses en hiver, et globalement sur l’année. Mais cette augmentation varie de +6 % à +34 % selon les modèles.  En revanche, les prévisions estivales sont plus incertaines car les résultats sont contradictoires : certains prévoyant plus de fortes pluies, d’autres moins. 

Derrière l’image d’une région naturellement arrosée, la Bretagne doit composer avec une ressource en eau abondante mais inégalement répartie, dépendante des saisons et désormais confrontée aux incertitudes du changement climatique.

Consulter les indicateurs des tendances climatiques passées en Bretagne (entre 1961 et 2022), par station de référence Météo France

Que retenir ?

  • Chaque année, il tombe en moyenne 26 milliards de m³ d’eau en Bretagne dont 60 % en automne et en hiver, et davantage à l’ouest qu’à l’est. 

  • Plus de la moitié retourne à l’atmosphère rapidement par évaporation de l’eau et transpiration des plantes (évapotranspiration). Seuls 40 % des précipitations sont finalement utiles pour les rivières et les nappes souterraines.

  • L’hiver est une saison essentielle pour recharger les réserves d’eau. Entre octobre et mars, il pleut davantage et l’évapotranspiration est plus faible : c’est la période clé pour remplir nappes et rivières. En été, au contraire, les niveaux baissent (étiage) car il pleut moins et les besoins en eau augmentent.

  • Le sous-sol breton est inégalement perméable. Entre 10 et 40 % de l’eau s’infiltre dans les nappes souterraines. L’eau de surface circule vite, mais l’eau souterraine peut mettre 10 à 30 ans à se renouveler.

  • Le changement climatique s’est traduit en Bretagne par une tendance à l’augmentation des cumuls annuels et estivaux Et d’ici 2010, les scientifiques s’attendent à des hivers plus arrosés avec des pluies plus intenses, mais l’évolution en été reste encore difficile à prévoir avec précision.

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Emmanuèle Savelli
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