Dernière mise à jour le : 12 juin 2020

Les activités humaines accentuent l'érosion du littoral en Bretagne

Depuis les années 1960, l’occupation intensive du rivage par les humains trouble la dynamique naturelle du trait de côte. Que ce soit par les divers aménagements côtiers perturbant le transit naturel des sédiments, ou par le changement climatique à l’origine de l’élévation du niveau des océans.

Qui dit Bretagne, dit mer. Au nord la Manche, à l'ouest la mer d'Iroise, au sud l'océan Atlantique. Depuis les années 1960, le littoral breton est victime du phénomène d’haliotropisme : l’attrait pour la mer a conduit les populations à s’installer massivement sur la côte. Sur la seule période 1975-1999, la population des communes littorales de la région a augmenté de 8 %, pour atteindre 1 121 254 habitants en 1999 [1]. À l’exception de la métropole rennaise, la population bretonne se concentre ainsi essentiellement sur le littoral.

[1] Le littoral breton de 1975 à 2000 : quelle interaction entre les évolutions des espaces urbanisés et les dynamiques de la population ? Espace populations sociétés, 2013.

 

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Un littoral menaçant devenu attractif

Le bord de mer n’a pas toujours été si prisé. Si l’abondance des ressources maritimes constituait un intérêt pour les sociétés humaines, la mer était auparavant jugée dangereuse et crainte pour son imprévisibilité. Par précaution, les humains s’installaient à une distance respectable du rivage, ou bien dans des secteurs abrités des houles et des vents dominants. Au Moyen-Âge débutent les premiers grands travaux de poldérisation en Europe et en France, comme les marais de Dol. Mais ce n’est qu’à partir de la révolution industrielle, au XIXe siècle, que l’Homme a tenté de dompter la mer en aménageant la côte dans les zones habitées. La maîtrise de l’énergie et le développement de l’ingénierie côtière ont permis peu à peu de fixer temporairement la frontière entre la terre et la mer (digues, remblais, enrochements, etc.).

En 150 ans, le paysage du littoral breton s’est radicalement transformé.

Jusqu’alors jugée menaçante par les élites terriennes, la mer est devenue un objet de fascination. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, une urbanisation massive des côtes se met en place. Les espaces littoraux sont progressivement jalonnés de routes côtières. Les surfaces agricoles sont remplacées par des résidences principales ou secondaires, entraînant une transformation radicale du paysage. En 2012, les surfaces artificialisés (logements, routes, zones industrielles et portuaires, etc.) occupaient en moyenne 14,6 % des communes littorales en Bretagne, soit 2,6 fois plus que la moyenne métropolitaine [2].

[2] Observatoire national de la mer et du littoral (ONML). Occupation du sol dans les communes littorales métropolitaines en 2012 et évolution depuis 2006.
 

À gauche : Orthophotographie ancienne du Finistère, 1952 / BD ORTHO® Historique, IGN 2011. 
À droite : Orthophotographie du Finistère, 2015 / Mégalis Bretagne et département du Finistère (GéoBretagne), 2015.

 

L'urbanisation se poursuit

La croissance démographique du littoral continue mais tend à s’essouffler depuis 1999 [3]. Aujourd’hui, elle se situe majoritairement dans l’arrière-pays, du fait, entre autre, du coût élevé de l’immobilier en bord de mer. Le littoral reste cependant attractif. D’après un sondage réalisé en 2014 par l’Ifop [4], 51 % des français préfèreraient vivre en bord de mer, s’ils en avaient le choix, et 90 % des Français sont intéressés par la mer de manière générale. La côte attire notamment les retraités, principaux acquéreurs d’appartements neufs sur le littoral breton. Parallèlement, les départs de jeunes et de familles sont de plus en plus nombreux, conduisant au vieillissement de la population, notamment dans les départements des Côtes-d’Armor et du Finistère (Dinard, Paimpol, Penmarch, etc.), ce qui accroît la vulnérabilité des communes. Si le littoral voit sa croissance ralentir, le nombre de logements et résidences secondaires continue néanmoins de croître. La majorité des logements autorisés à la construction en Bretagne sont concentrés sur le littoral (Brest, Saint-Malo, Dinard, Ploemeur, Concarneau, etc.). L’urbanisation du littoral se poursuit donc, alors même que la densité est déjà très élevée et que le trait de côte a tendance à reculer.

[3] Produire et résider sur le littoral en Bretagne. Ceser Bretagne, 2017.
[4] Institut français d’opinion publique. « Les Français et la mer », Sondage pour l'Agence des Aires marines protégées, juin 2014. Échantillon de 1009 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.

 

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Des ouvrages côtiers qui interrogent

Au cours des années 1970 et 1980, l’extension des zones urbanisées du littoral a conduit à l'installation de nombreuses structures ayant un effet de fixation temporaire du trait de côte. La cartographie nationale des ouvrages et aménagements littoraux, réalisée par le Cerema, répertorie près de 4 500 ouvrages en Bretagne (digues, brise-lame, murs, épis, perrés, jetées, quais, aménagements divers). Ces constructions perturbent les échanges sédimentaires naturels du littoral et conduisent parfois à l’amaigrissement des plages. C’est notamment le cas des ouvrages de défense contre la mer (digues, épis). Il en existe deux types : les ouvrages parallèles à la côte (longitudinaux) et ceux perpendiculaires à la côte (transversaux).

Les ouvrages de défense contre la mer perturbent l’équilibre naturel des plages.

Les ouvrages longitudinaux, de haut de plage (mur, perré) protègent de l’assaut frontal des vagues. Ils ont pour but de fixer le trait de côte. Mais, en protégeant les habitations et aménagements qui se trouvent derrière, ces types d’ouvrages peuvent porter atteinte à la plage. La houle qui vient frapper la digue engendre une agitation du plan d’eau plus intense que la normale. Le pied des ouvrages se creuse, entraînant un abaissement progressif de la plage. L’érosion est également accentuée au niveau des zones non protégées, situées de part et d’autre de l’ouvrage (« effet de bout »).

 

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L’ancien phare de Nantouar, à Louannec (22) est protégé par un enrochement mais l’érosion continue de chaque côté.  |  Orthophotographie des Côtes-d’Armor,
Mégalis Bretagne et département des Côtes-d’Armor, 2018 (GéoBretagne).

 

Les ouvrages transversaux (épis), bloquent quant à eux les sédiments arrivant parallèlement à la côte, c’est-à-dire par dérive littorale. Le sable vient s’accumuler contre l’épi et renforce la plage en amont. Cependant, une zone d’érosion se forme de l’autre côté de l’épi puisqu’il n’y a plus d’arrivée de sédiments. Les épis reportent donc l’érosion en aval. Pour toutes ces raisons, les techniques de défense contre la mer, dîtes « dures » (enrochements, épis, perrés, etc.), font aujourd’hui débat : ils protègent, tout en accélérant l’érosion, imposant ainsi une extension progressive de la protection le long du littoral. 

 

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Un épi perturbe le transit sédimentaire par dérive littorale à Gâvres (Morbihan).  |  Orthophotographie Morbihan, Mégalis Bretagne et collectivités territoriales bretonnes, 2016. (GéoBretagne)

 

L'impact du tourisme

L’artificialisation du littoral breton dans les années 1970-80 est allée de pair avec le développement du tourisme de masse. La forte augmentation du nombre de touristes a notamment entraîné la dégradation des cordons dunaires. Le piétinement des visiteurs, les campings et la libre circulation des voitures et motos sur les dunes ont progressivement détruit la végétation qui retenait le sable. Les dunes ont subi une forte érosion, le sable étant emporté par le vent ou les gens (baie de Goulven, Kernic, Erdeven, Sables-d’Or-les-Pins, etc.). Depuis, des mesures ont permis de reconstituer les dunes, que ce soit par la plantation d’oyats, la relocalisation des campings et parkings ou l’aménagement de chemins pour accéder aux plages.

 

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Crédit photo : AdobeStock  |  La plage de Bellangenêt située au Pouldu (29) accueille de nombreux touristes pendant la saison estivale.

 

Les barrages : des pièges à sédiments

Sur le continent, les barrages fluviaux peuvent influencer l’évolution du trait de côte car ils réduisent le flux de sédiments atteignant le littoral. La situation peut être aggravée par l'extraction des matériaux piégés (sables, granulats, galets), souvent à destination de l'industrie du bâtiment. À l’inverse, certains barrages peuvent favoriser une accrétion sédimentaire. Depuis sa mise en service en 1970, le barrage d’Arzal (Morbihan) a accentué l’envasement de l’estuaire de la Vilaine. Il a été construit pour bloquer totalement l’entrée de la marée dans l’estuaire. L’onde de marée remontait auparavant jusqu’à Redon, soit 40 km plus loin que le barrage ! La diminution drastique de la vitesse des courants marins a favorisé le dépôt naturel des sédiments. Estimé à 30 millions de m3 de vase [5], le barrage a profondément modifié l’écosystème estuarien ainsi que les activités économiques des communes riveraines (mytiliculture, civelles, coques, navigation). Des dragages d’entretien réguliers permettent la remise en circulation d’une partie des sédiments vers l’océan. Mais ce n’est pas suffisant pour empêcher la sédimentation, qui transformera, à terme, l’estuaire interne en marais maritime bordant le fleuve. Le trait de côte estuarien se retrouve ainsi protégé de l’érosion. De la même manière, l’estuaire de la Rance s’envase depuis l’installation en 1966 d’une usine marémotrice diminuant l’énergie des courants. Les plages aux alentours se sont transformées en vasières pouvant atteindre trois mètres de hauteur.
 

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L'envasement du barrage d'Arzal en aval (vers la gauche) de l'estuaire est visible du ciel.  |  Orthophotographie Morbihan : Mégalis Bretagne et collectivités territoriales bretonnes, 2016 (GéoBretagne).

 

Du sable prélevé pour faire du béton

Après l’eau, le sable est la deuxième ressource naturelle la plus consommée dans le monde. Il est principalement utilisé dans le secteur de la construction, pour faire du béton. Les granulats sont extraits dans les lits fluviaux ou les fonds côtiers. Mais jusqu’au XXe siècle, ils étaient directement récupérés sur les plages… et les côtes bretonnes en ont souffert. Le sillon de Talbert, grand cordon de galets situé en Côtes-d’Armor, constituait par exemple une réserve de galets gratuite pour les populations locales qui s’en servaient pour construire leurs maisons. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'armée allemande a extrait d’énormes quantités de sable et de pierres en Bretagne pour la construction du mur de l'Atlantique. Les prélèvements les plus importants ont eu lieu sur l’ancien cordon de galets de l’Ero Vili (baie d'Audierne, Finistère), avec un volume estimé à environ 1 million de m3. Suite à ces prélèvements, la partie Sud de l’Ero Vili ne s’est jamais reconstituée.  À la fin de la guerre, l'exploitation des cordons de galets fut reprise par des entrepreneurs locaux. L'absence de législation a permis l'extraction intensive de sédiments sans tenir compte de la dégradation des côtes. Depuis 1985, l’extraction de sable siliceux (sable de plage) et de galets est interdite en Bretagne.

 

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Crédit photo : Le sillon de Talbert est le plus grand cordon de galets du littoral breton.  |  Jérôme Ammann, CNRS, 2011.

 

Du sable prélevé pour l'agriculture

Il existe deux sites de sables coquilliers actuellement exploités au large des côtes bretonnes : La Horaine (Côtes-d’Armor) et Les Duons (Finistère). Contrairement au sable siliceux, le sable coquillier n’est pas utilisé pour la construction mais pour l’agriculture. Il sert d’amendement des terres agricoles, versé directement sur les cultures en substitution des engrais. Pourquoi utiliser ce sable ? Les terres bretonnes sont naturellement acides ; les agriculteurs ont besoin de cet apport calcaire pour désacidifier leurs sols et fournir un apport nutritionnel à leurs cultures (orge, blé, luzerne, betterave). La Bretagne est d’ailleurs la seule région en France où les matériaux calcaires sont exploités, avec un volume maximal autorisé de 201 400 m3 par an [6]. Les conséquences de ces extractions sur la position du trait de côte sont mal connues et difficiles à évaluer du fait de la complexité des processus en jeu. Il est constaté que le dragage des fonds marins perturbe la vie marine aux environs et augmente la turbidité de l’eau par accroissement des matières en suspension (état d’un liquide trouble, non limpide). Il limite également l’accès à des secteurs traditionnels de pêche ou de plongée. Des oppositions locales ont ainsi empêché l’exploitation d’un gisement de sables coquilliers en baie de Lannion par crainte des répercussions sur les activités économiques (tourisme, pêche, etc.) et sur l’environnement (réserve naturelle des Sept-Îles).

[6] Stratégie de façade maritime Nord Atlantique - Manche Ouest, septembre 2019, Annexe 9. Ministère de la transition écologique et solidaire.

 

Exploitation des granulats marins en Bretagne en 2020

 

Quels effets attendre du changement climatique ?

Depuis les années 1850, les températures enregistrées à l’échelle mondiale augmentent. En 2020, le réchauffement s’élève à environ 1°C au-dessus des niveaux préindustriels. La conséquence principale de ce changement climatique est l’augmentation du niveau des océans. En témoigne le marégraphe de Brest, qui enregistre le niveau de la mer depuis 1711 dans le Finistère. Les mesures indiquent une élévation d’environ 30 cm en 300 ans. L’augmentation était d’environ 0,88 mm/an au début du XVIIe siècle. Elle s’est accélérée depuis les années 1950 et atteint aujourd’hui 2,75 mm/an. Le niveau de l’eau devrait continuer d’augmenter jusqu’en 2100 et même au-delà. Les estimations du Giec vont de 60 cm à 1,10 mètres d’ici 2100, par rapport à la période 1986-2005.

Quelle qu’elle soit, la montée des océans rehaussera les niveaux d’eau des événements tempétueux dans les décennies à venir. Les niveaux marins extrêmes atteindront plus fréquemment le rivage, ce qui intensifiera l’érosion du trait de côte et augmentera la fréquence et la sévérité des submersions marines.

Et les tempêtes ?

Les tempêtes sont les principales causes de l’évolution du littoral. Augmenteront-elles avec le changement climatique ? Les effets du changement climatique sur les tempêtes font débat. Les calculs probabilistes livrent des résultats très incertains, surtout aux échelles régionales où de fortes disparités existent. Selon Météo-France, le nombre des tempêtes affectant les régions est très variable d’une année à l’autre. En Bretagne, on observe une baisse significative du nombre de tempêtes depuis 1980, sans lien établi avec le changement climatique. Aucune évolution notable de leur intensité n’est à souligner.

 

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Mieux comprendre

Auteurs : Morgane Guillet (OEB)
Collaborateurs : Iwan LE BERRE et Pierre STÉPHAN (UBO), Sylvestre LE ROY et Jean-Michel SCHROETTER (BRGM Bretagne), Élise POIREAU et Ronan LE LOUS (Dreal Bretagne), Franck BARAER (Météo-France), François Hédou et Amélie Roche (Cerema), Nicolas POUVREAU (Shom)
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