On vous explique

Où est prélevée l’eau en Bretagne et pour faire quoi ?

Par Emmanuèle Savelli et Timothée Besse (OEB)
en collaboration avec Fabrice Craipeau et Olivier Brunner (AELB) Flora Lucassou et Bruno Mougin (BRGM) Bruno Le Breton (DDTM 22)
Mise à jour : 12 janvier 2024
Temps de lecture : 10 minute(s)
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7
eau
changement climatique
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Le cycle de l'eau en Bretagne : comprendre comment il influe sur la ressource en eau
Sources

Données

Documentation

photo Tuyaux d'arrosage

Chaque année des millions de mètres cubes d’eau brute sont pris dans les milieux naturels de la région. Ils servent à plus de 80 % à produire de l’eau potable. Parmi les prélèvements d'eau, la part de l’eau superficielle est prépondérante. Mais, selon les usages, la contribution de l’eau souterraine peut devenir importante.

Eau brute : de quoi parle-t-on ?

L’eau brute est celle présente dans les milieux naturels, en surface (rivières, plans d'eau) ou dans le sous-sol. À ne pas confondre avec l’eau potable qui a suivi un traitement dans une usine de production d’eau potable avant d’être distribuée jusqu’à nos robinets. L’eau potable est donc faite à partir d’eau brute, prise dans des zones de captage superficielles ou souterraines. 

322 millions de m³ d’eau brute ont été prélevés en moyenne de 2015 à 2017, principalement à partir des eaux de surface. Une partie de ces volumes sont soumis à redevance à l'Agence de l'eau et sont suivis annuellement, ils ne prennent pas en compte, par exemple, les volumes prélevés directement dans le milieu pour l'abreuvement des animaux d'élevage (estimés à 14 % en moyenne entre 2015 et 2017).

Les plus importants sites de captage d’eau brute en Bretagne sont sur la Vilaine à Férel (56), le Meu à Saint-Thurial (35), l'Arguenon à Pléven (22), le Gouët à Ploufragran (22) et l'Élorn à Plouédern (29). Ils alimentent 24 % de la population bretonne en eau potable.

Les données de prélèvements correspondent à des volumes bruts prélevés dans le milieu naturel, superficiel ou souterrain, et non à des volumes consommés. La répartition des usages des prélèvements est issue de l’étude CACG / DREAL Bretagne sur la gestion quantitative de la ressource en eau. Elle estime les volumes prélevés pour les usages agricoles non déclarés, à partir des données de cheptel de la Draaf Bretagne. 

Carte : réparition des volumes d'eau brute prélevés sur le territoire breton en 2022

Quels sont les besoins en eau en Bretagne ?

Pour répondre aux besoins des Bretons et des Bretonnes, il faut ponctionner dans les milieux naturels environ 3 % de la ressource en eau disponible dans la région. Contrairement à de nombreuses régions de l’Hexagone, l’eau brute est captée pour l’essentiel en surface (rivières, barrages), le reste venant des eaux naturelles souterraines (forages, drains et puits). 

L'eau prélevée sert en grande majorité (90 %) pour produire de l’eau potable qui est le principal besoin devant l’irrigation et les besoins industriels. Elle est restituée au milieu naturel après épuration, hormis pour l’irrigation où l’eau est consommée à 100 % par les plantes. 

Depuis 1999, les prélèvements d'eau ont augmenté de 7 % tous usages confondus. Et l'évolution la plus forte concerne les agriculteurs (+18 %) pour l'irrigation. En Bretagne, l'enjeu fort pour l’alimentation en eau potable (outre le maintien de sa qualité) est sa disponibilité tout au long de l’année.

L’Agence de l’eau Loire-Bretagne estime la quantité d’eau brute prélevée à partir des redevances payées pour l’eau potable, dès lors que la déclaration annuelle dépasse 7 000 mètres cubes d’eau par an. Cette estimation ne tient donc pas compte des petits prélèvements et des forages des particuliers, sous-estimant les prélèvements souterrains.

Tableau de bord : Prélèvements d'eau brute soumis à redevances en bretagne : analyse de l'évolution annuelle depuis 1999

Tableau de bord - Tableau de bord : Prélèvements d'eau brute soumis à redevances en Bretagne : analyse de l'évolution annuelle depuis 1999

Données de prélèvements d'eau brute soumis à redevances de l’Agence  de l'eau en Bretagne. Ces prélèvements sont mis au regard des volumes d’eau prélevés mais aussi de l’origine de la ressource prélevée (eaux de surface ou souterraine) ainsi que des usages qui en sont fait (eau potable, consommations industrielles 
ou irrigation).

Pourquoi les barrages sont-ils à la fois indispensables et problématiques pour l’approvisionnement en eau ?

Une part importante de l’eau prélevée en surface provient de retenues qui, de juin à septembre, subissent une évaporation naturelle estimée à 0,5 l/s/ha, réduisant de ce fait notablement la ressource disponible. En moyenne de 2015 à 2017, la part perdue en raison de l’évaporation naturelle des plans d’eau, tous usages confondus, a été estimée à 27 % du total d’eau brute prélevée. C’est l’équivalent de la moitié de la quantité d’eau brute nécessaire pour produire l’eau potable consommée en Bretagne.

Cette perte peut créer des situations critiques pour la ressource en eau de certains territoires bretons en période d’étiage et nécessite d’aller chercher l’eau où elle se trouve. C’est le cas du bassin de la Vilaine où l’évaporation des plans d’eau peut représenter jusqu’à 48 % du total d’eau prélevée. Cette perte n’est plus « compensée » par la restitution de l’eau issue des rejets des stations d’épuration des eaux usées et ce alors que le bassin versant est importateur d’eau potable prélevée dans les autres départements.

Au-delà de l’augmentation du risque d’assèchement du cours d’eau en période estivale liée au volume d’eau prélevé, les retenues d’eau potable altèrent les habitats aquatiques en créant une augmentation de la température de l’eau, un ennoiement des habitats de reproduction et la création de barrières successives faisant obstacle à la continuité écologique des cours d’eau.

Que sait-on des captages actuels d'eau en Bretagne ?

La Bretagne compte 109 prises d’eau superficielles (cours d’eau ou retenues d’eau) et 578 captages d’eau souterraine. Depuis les années 1970, près de 300 captages ont été abandonnés pour des motifs variés (vétusté, problèmes techniques, débits insuffisants, pollution, etc.). Entre 2007 et 2017, 70 captages ont été abandonnés, dont un-quart pour une qualité de l’eau insuffisante pour la production d’eau potable. En 2007, 9 de ces captages ont fait l’objet d’un contentieux européen au regard des concentrations élevées en nitrates. En 2019, 6 étaient redevenus conformes et les contraintes réglementaires spécifiques ont été levées.

Parmi les 173 captages identifiés comme « sensibles  » aux pollutions diffuses (nitrates et pesticides), 24 captages d’eau superficielle et 34 captages d’eau souterraine ont été identifiés comme prioritaires en Bretagne dans le cadre du Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux 2022-2027 en Loire-Bretagne. En 2022, 12 captages n’ont toujours pas fait l’objet d’une délimitation de leur aire d’alimentation et 38 ne bénéficient pas d’un plan d’action opérationnel défini dans un arrêté. Les progrès attendus seront suivis dans le cadre de la « Stratégie régionale captages prioritaires » signée le 31 mars 2021

La concentration en nitrates diminue pour la majorité des captages. Pour les produits phytosanitaires, la situation est hétérogène et nécessite un suivi plus important pour améliorer le diagnostic et définir les mesures à prendre.

Les captages de Pont Juhel et de Le Chalonge sont situés en Mayenne (53) mais leur aire d’alimentation recouvre partiellement l'Ille-et-Vilaine

Quels sont les territoires où l’approvisionnement en eau devient tendu en été ?

L’évolution démographique en Bretagne crée une pression grandissante sur la ressource en eau pour les grandes aires urbaines et en zone littorale, particulièrement en période estivale. La majorité de l'eau prélevée est restituée au milieu naturel après épuration, hormis pour l'irrigation où l'eau est consommée à 100 % par les plantes. Pour certains bassins versants, la pression de prélèvement nette (c’est-à-dire en déduisant les rejets des stations d’épuration des eaux usées) peut dépasser 30 % de la ressource qui serait disponible à l‘étiage sans l’influence humaine. Inversement, cette pression peut être négative sur les territoires qui importent de l’eau potable.

Certains secteurs, comme Saint-Malo et Châteaulin, deviennent très sensibles sur l’approvisionnement en eau à cette saison. C’est aussi la période pendant laquelle le besoin d’eau pour les cultures et le bétail augmente (le cheptel en Bretagne dépasse les 100 millions de têtes de bétail). 

Pendant les épisodes de tension sur la ressource en eau, certaines exploitations se reportent sur le réseau d’eau potable quand les forages ne sont plus suffisants. Ce report augmente de façon notable la demande en eau potable faisant craindre des difficultés d’approvisionnement pour les réseaux qui n’ont pas été dimensionnés pour ces besoins. Lorsque le niveau des ressources souterraines et de surface est trop faible, les préfets de département peuvent prendre des mesures de restriction des consommations d’eau.

La pression de prélèvement est estimée en retirant les volumes rejetés dans le milieu naturel par les stations d'épuration des eaux urbaines et industrielles. Certains bassins affichent donc une pression de prélèvement « négative » car ils rejettent des volumes importés à partir d’autres bassins versants (cf méthodologie de calcul).

Aller plus loin avec des données spatiales et temporelles détaillées

Que retenir ?

  • L’eau prélevée dans les milieux naturels (rivières, plans d’eau ou nappes souterraines) est appelée « eau brute ». Entre 2015 et 2017, le prélèvement annuel moyen d’eau brute en Bretagne s’élevait à 322 millions de m³. 

  • Contrairement à la plupart des régions française, l’eau brute en Bretagne est prise surtout en surface. Mais la part des prélèvements souterrains est probablement sous-estimée par manque de connaissances.

  • Des barrages sécurisent l’approvisionnement en eau mais entraînent d’importantes pertes par évaporation (jusqu’à 27 %) et perturbent les milieux aquatiques.

  • Cette eau brute sert à 90 % à produire de l’eau potable, et dans une moindre mesure à l’agriculture et l’industrie. Depuis 1999, les prélèvements ont augmenté (+7 %), avec une forte hausse pour l’irrigation agricole (+18 %).

  • Certains territoires deviennent vulnérables en été (hausse de la demande, baisse des ressources), avec des risques de pénurie et des restrictions possibles.

  • L’enjeu pour la région, en particulier à cause du changement climatique, est de maintenir la disponibilité en eau potable tout au long de l’année, y compris pendant les périodes de tensions sur la ressource pendant lesquelles des usages peuvent se concurrencer.

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Emmanuèle Savelli
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