Dernière mise à jour le : 18 novembre 2020

Une contamination généralisée des eaux bretonnes par les pesticides

Si la surveillance de la contamination de l’air et du sol par les pesticides est aujourd’hui encore peu développée, la surveillance de l'eau s'appuie en revanche sur un maillage régional serré, recherchant de très nombreuses substances et bénéficiant de chroniques de mesures sur plusieurs années. Dans les cours d'eau en surface comme dans les eaux souterraines, la contamination par les pesticides est généralisée sur l'ensemble du territoire breton.

L’eau est le compartiment de l’environnement le mieux contrôlé et le plus règlementé vis-à-vis de la contamination par les pesticides. Chaque année en Bretagne, ce sont près de 700 substances actives qui sont recherchées parmi les 330 stations de surveillance des cours d’eau concernées par ces programmes. Dans les eaux souterraines, ce sont 40 substances actives qui sont recherchées sur 55 points de surveillance. Les installations d’eau potable fournissent un suivi complémentaire de cette contamination. Pour déterminer une pollution, on s’appuie sur des valeurs seuils de concentration de substances, définies par la directive cadre sur l’Eau, ou par le Code de la santé publique.

 

Une contamination des eaux de surface qui évolue

Ces dernières années, on constate des pics de concentrations moins fréquents dans les eaux de surface (seules 8 % des substances quantifiées dépassent le seuil de qualité de 2 μg/l), mais une plus grande diversité de substances quantifiées simultanément (76 % des prélèvements présentent une concentration de substances cumulées supérieure au seuil de qualité de 0,5 μg/l). Cela peut s'expliquer à la fois par une augmentation du nombre de substances recherchées en laboratoire, mais également par une nouvelle caractérisation de la contamination par les pesticides en lien avec l'évolution des usages agricoles (davantage de substances spécialisées pour des usages précis par exemple). En 2019, la contamination est quasi généralisée sur le territoire breton et reflète la vulnérabilité du territoire.

Les herbicides ainsi que leurs métabolites sont majoritaires. À noter : l’omniprésence, à des fréquences de quantification très élevées (> 90 %), des deux métabolites ESA et OXA du S-métolachore et du métazachlore-ESA, trois métabolites que les laboratoires sont en capacité d'analyser depuis 2017. Malgré son interdiction en 2003, l'atrazine et ses métabolites (atrazine-déséthyl et 2-hydroxy atrazine) présentent des concentrations qui, bien que relativement faibles, illustrent leur caractère persistant. Le glyphosate, première substance active vendue en Bretagne (en usage agricole ou nonagricole avant la loi Labbé), ainsi que son métabolite l’AMPA, sont quantifiés dans respectivement 27 % et 57 % des stations dans lesquelles ils sont recherchés [1]. Enfin, le prosulfocarbe, deuxième substance vendue en Bretagne et qui remplace l'isoproturon (principal désherbant sur céréales retiré du marché en 2017), est quantifié dans 40 % des stations.

[1] Bien que l’Ampa puisse avoir plusieurs origines (métabolite du glyphosate et de détergents), il existe une évolution similaire des fréquences de quantification du glyphosate et de l’Ampa.

 

Pesticides dans les cours d'eau bretons - Infographie

 

Une contamination durable des eaux souterraines

La contamination des eaux souterraines par les pesticides touche également la quasi-totalité des points de suivi du territoire. Parmi les 40 substances recherchées en 2018, 43 % sont quantifiées au moins une fois et 32 % dépassent au moins une fois les seuils réglementaires fixés par la DCE. Là encore, les substances concernées sont majoritairement des herbicides et leurs métabolites, notamment le métolachlore-ESA et le métazachlore-ESA, quantifiés à des teneurs supérieures au seuil de qualité de 0,1 μg/l sur respectivement 55 % et 31 % des points de suivi [2]. L’atrazine (interdite depuis 2003) et deux de ses métabolites [3] restent parmi les 10 substances les plus souvent quantifiées dans les eaux souterraines. Le fait que ces substances soient toujours retrouvées dans les eaux souterraines malgré l'arrêt de leur vente, parfois des années auparavant, témoigne de leur persistance ainsi que de la forte inertie de ces masses d'eau. Toutefois pour ces métabolites, la qualité de l’eau s’améliore au fil du temps. Les principales substances actives retrouvées sont généralement celles qui présentent un risque élevé de transfert dans les eaux souterraines en raison de leurs caractéristiques [4]. Cependant, pour le glyphosate (16e substance la plus quantifiée), ce n’est pas tant ses propriétés physico-chimiques mais bien son utilisation en quantités importantes qui pourrait expliquer sa présence dans les eaux souterraines.

 

Qualité des eaux souterraines vis-à-vis des pesticides en 2018 - Carte

98 % des points de suivi en eaux souterraines présentent au moins une substance quantifiée

[2] Seuil pour les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH).
[3] atrazine déséthyl et atrazine déisopropyl déséthyl.
[4] Le comportement des pesticides et leur risque de transfert vers les eaux souterraines est représenté par l’indice GUS (Groundwater Ubiquity Score, Gustafon, 1989).

 

 

Accéder aux données

Auteurs : Élodie Bardon (OEB), Geoffrey Le Page (OEB)
Collaborateurs : Yves-Marie Heno (Dreal Bretagne), Damion Gabion (AELB), Florence Fernandez (Draaf Bretagne)
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