Dernière mise à jour le : 31 mai 2022

La majorité des extractions de matières dédiées aux biens et services consommés par les Bretons sont délocalisées

L’empreinte matière permet de comprendre d’où viennent les matériaux (métaux, biomasse, combustibles, granulats, etc.) servant à produire les biens et services que nous consommons. 60 % de ce qui sert aux besoins d’un Breton ou d'une Bretonne est extrait à l’étranger. Pour certaines matières, comme les combustibles fossiles ou les métaux, nous sommes même dépendants à 100 % de ces extractions délocalisées. De quoi donner à réfléchir sur ce qui soutient nos modes de vie, notamment une dématérialisation en trompe l’œil.

L’empreinte Matière : de quoi parle-t-on ?

L’empreinte Matière d’un habitant calcule les extractions de ressources nécessaires partout dans le monde pour produire ce qu’achète cet habitant, chaque année. L’empreinte Matière des Bretons réalloue donc les extractions délocalisées aux consommateurs à qui elles sont destinées : les habitants de la Bretagne. Elle rend compte de la dimension matérielle de nos modes de vies. Par exemple, la consommation annuelle de services et équipements téléphoniques d’un Breton ou d'une Bretonne génère l’extraction de 150 kg de matières premières, dont 25 kg uniquement en Chine.

Les matières considérées ici sont les métaux, les plantes, le bois, les matériaux de construction comme le sable ou encore les combustibles fossiles bruts comme le charbon. S’intéresser à ces matières permet d’adopter un point de vue différent et complémentaire des approches Carbone ou Énergie qui aujourd’hui prédominent. L’unité utilisée pour les extractions de matières et pour l’empreinte Matière est la kilotonne, ou la tonne si l’on rapporte les valeurs à l’habitant.

 

En Bretagne, on extrait principalement 3 types de ressources

Une analyse de flux de matières en Bretagne, menée en 2016, a montré qu'il s'agit :

  • De granulats qui représentent environ 70 % des extractions domestiques utilisées dans la région.
  • De grandes cultures, de la paille, du fourrage et de cultures légumières (c’est-à-dire  la biomasse agricole), qui représente 24 % du total, puis du bois - énergie et du bois d’œuvre (la biomasse forestière).
  • De ressources pêchées, bien moins importantes en masse, qui représentent 208 kilotonnes, soit 1 % des extractions domestiques.

Cependant, les ressources extraites puis utilisées en Bretagne ne sont pas nécessairement dédiées à la production de biens et services destinés aux Bretons. La région produit également pour l’export vers la France ou d’autres pays. De même, dans d’autres pays du monde, certaines extractions ne sont pas destinées aux habitants locaux mais aux Bretons. Pour identifier la part destinée à la consommation des Bretons dans chaque pays du monde, il faut calculer l’empreinte matière.

 

Des flux directs et indirects de matières

Ainsi, pour satisfaire la consommation des Bretons et des Bretonnes, les économies de l’ensemble des pays du monde doivent extraire des matières. On retrouve ces matières directement incorporées dans des produits finis. Par exemple, une partie de la matière « orange » est incorporée dans le produit « jus d’orange », et dans ce cas on parle de flux direct de matière.

Mais beaucoup de matières sont simplement utilisées dans le processus de production (combustible pour produire de l’énergie, sable pour construire l’usine, etc.). Elles ne sont donc pas incorporées dans le produit final et représentent les flux indirects de matières. Elles sont comme la partie invisible d'un iceberg.

L’empreinte Matière d’un Breton ou d'une Bretonne quantifie ces flux directs et indirects de matières issus de France ou de l’étranger et destinés à la consommation des habitants de la région. Elle permet d’attribuer au consommateur final les matières utilisées tout au long du processus de production, de l’extraction des ressources jusqu’au transport du produit fini[1]. L’empreinte Matière d’un Breton est d'environ 14 tonnes de matières par habitant et par an.

[1] On l’appelle également la RMC pour Raw Material Consumption.

 

L'empreinte Matière des Bretons et Bretonnes : la majorité des extractions de matières dédiéesaux biens et services consommés par les Bretons sont délocalisés

 

La majorité des extractions de matières sont délocalisées

60 % des matières induites par la consommation d’un Breton ou d'une Bretonne viennent de l’étranger. Mais il existe des disparités selon les ressources. Alors que plus de la moitié des extractions de matières agricoles ou de bois ont eu lieu en France ou en Bretagne, la totalité des métaux et des combustibles fossiles sont extraits à l’étranger. Cette délocalisation des extractions de matières s’est accentuée puisqu’elle est passée de 50 % entre 1995 à 60 % en 2018.

 

L'empreinte Matière des Bretons et Bretonnes : Chaque année, il faut extraire 14 tonnes de matières pour produire les biens et servcies consommés par un Breton.

Aller plus loin : d'où viennent les matières servant à produire les biens et services consommés par un Breton ou une Bretonne ?

Pour le savoir, consultez la datavisualisation interactive " L'empreinte matière d'un Breton ou d'une Bretonne ".

Datavisualisation interactive : L'empreinte Matière d'un Breton ou d'une Bretonne

 

 

Nos modes de vie dépendent des pays étrangers

L’empreinte Matière prouve, s'il en était besoin, la forte dépendance de nos modes de vie vis-à-vis de l’étranger. Les produits alimentaires sont les seuls à nécessiter moins de 50 % d’extractions à l’étranger. La plus forte dépendance s'observe pour les extractions de matières associées aux dépenses d’habillement des Bretons et des Bretonnes (délocalisées à 91 %). Enfin, parce qu’elle est 2,5 fois supérieures à celle d’un Indien par exemple, l’empreinte Matière d’un Breton rappelle la dimension fortement matérielle de nos modes de vies à l’heure de la « dématérialisation ».

 

L'empreinte Matière des Bretons et Bretonnes : Le mode de vie des Bretons est à l'origine d'extractions de matières importantes et majoritairement faites à l'étranger

 

Aller plus loin : La téléphonie montre à quel point la dématérialisation de nos modes de vie est à relativiser

Le cas de la téléphonie invite tout particulièrement à relativiser une vision « dématérialisée » du mode de vie des Bretons. Leur consommation de services téléphoniques et Internet (abonnements Internet, etc.), ainsi que des équipements associés (téléphones, box) conduit à l’extraction de 114 kg de matières par an. 21 % de ces matières sont des métaux (23 kg par Breton et par an) et 47 % sont des minéraux non métalliques utilisés pour les infrastructures de productions ou de réseau.

Parmi ces matières, 84 % sont extraites à l’étranger dont 22 kg par Breton et par an uniquement en Chine (20 % du total). La Chine est en effet le premier pays extracteurs de matière pour les besoins des Bretons en équipements et services téléphoniques et Internet. Il y a ainsi plus de matières extraites en Chine qu’en France (18 kg par habitant et par an) pour ce poste de consommation.

Comparée au 120 grammes que pèse un téléphone portable, l’empreinte Matière des équipements et services téléphoniques est 950 fois plus importante. Elle rend compte de l’ensemble des matières mobilisées pour la production des composants, la construction des usines, le transport, ou encore la fabrication des équipements et infrastructures réseau. Ces types de service et d’équipements induisent ainsi une consommation de ressources qui dépasse de très loin la masse des matières contenues dans les produits finaux.

 

 

Auteurs : Pierre d'Arrentières et Emmanuèle Savelli (OEB)
Organisme Associé
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