Dernière mise à jour le : 2 mai 2018

Le bocage breton : un refuge à fort potentiel de biodiversité

Les milieux bocagers ont une importance toute particulière pour la biodiversité en Bretagne.  Ils sont à la fois des zones de refuges pour la faune et la flore, et des zones tampons faisant le lien entre les landes et les forêts, côté terre, et la frange littorale, côté mer.

Le réseau de haies et de talus accompagné de prairies, mares et zones humides constitue un milieu naturel original car il est hétérogène et propose des échanges complexes. Il a la particularité de venir enchâsser une myriade d’espaces naturels (landes, boisements) de plus en plus isolés, au sein de paysages agricoles en cours de mutation et d’espaces urbanisés en continuelle progression.  Milieu très proche de la lisière forestière, il jouxte une diversité d’habitats qui explique sa richesse.

 

Une zone de refuge et de liaison

De fait, le rôle du bocage sur la biodiversité est loin d’être neutre dans un territoire régional qui compte parmi les plus fragmenté de France et qui est soumis à des ruptures de continuités écologiques. Il est à la fois une zone de refuge pour la biodiversité et de liaison avec les entités naturelles régionales. Cet habitat agraire n’accueille pas de faune ou de flore spécifique. S’y croisent des espèces issues des bois, des landes et des prairies.

Plusieurs espèces fréquentant les haies sont des auxiliaires de la production agricole. Car de nombreux prédateurs généralistes  fréquentent le bocage (renard, hermine, belette, etc.), ce qui limite les phénomènes de pullulation de micromammifères. Il y a aussi les prédateurs des bioagresseurs des cultures comme les carabes, les araignées, les coccinelles.

Le chêne, le châtaignier et le hêtre sont les arbres les plus communément rencontrés dans les haies en Bretagne. Pour les arbustes, ce sont le noisetier, le prunellier et l'aubépine. Dans les zones de bas-fonds, on trouve plutôt l'aulne et le saule.

 

Zone-atelier-Armorique-Pleine-Fougeres
© Air Papillon  |  Zone d'atelier Armorique, au niveau du canton de Pleine-Fougères, en juillet 2008.

 

 

Intersections, corridors et mosaïque

La structure de la haie n’explique pas à elle seule la richesse de la flore et de la faune du bocage. Il faut aussi  tenir compte de l’influence du positionnement de la haie dans le paysage, à savoir comment elle se relie aux autres haies, à ses habitats connexes (fossés, mares, prairies, boisements) et aux parcelles adjacentes, plus ou moins vastes.

Dans les zones d’intersection du maillage bocager par exemple, les scientifiques observent que la végétation est plus dense et que certaines espèces d’oiseaux, comme le rougegorge, s’y concentrent [1]. Les linéaires entre les intersections servent de corridors et guident le déplacement de certaines espèces au sein de la trame bocagère et avec les parcelles connexes.  C’est le cas des chauves-souris. Les espèces de la flore et de la faune sont également sensibles à la géométrie et à l’occupation des sols des parcelles voisines, agricoles et non cultivées. Plus la mosaïque paysagère est diversifiée, plus la biodiversité est grande.

 

L’impact du bocage sur la biodiversité peut localement être fort puisque le bocage dense représente 45 % des réservoirs régionaux de biodiversité [2].

 

Trame verte et bleue

La trame verte et bleue s’intéresse à la biodiversité remarquable et ordinaire. Elle prend en compte les besoins de déplacement des espèces animales et végétales pour la recherche de nourriture et de partenaires. Maintenir la circulation des espèces est crucial pour que celles-ci s’adaptent aux modifications des milieux, notamment celles imposées par le changement climatique en cours.

Le bocage est un milieu corridor par excellence, à la fois pour des espèces forestières et pour des espèces de milieux ouverts.  Ses  caractéristiques - à savoir la structure des talus et des haies, la densité de son maillage et la diversité du paysage -  jouent plus ou moins sur l’effet de corridor, de filtre ou de barrière.

La trame bocagère est un des éléments, avec la connexion de grands ensembles naturels (forêts, landes, etc.), qui aident à comprendre le potentiel de déplacement de la faune en Bretagne évalué dans le cadre du schéma régional de cohérence écologique. Là où le bocage est dense, la faune peut a priori se déplacer plus facilement.

[1] J. Baudry et A. Jouin coord. (2003) De la haie aux bocages. Organisation, dynamique et gestion. Inra éditions. 436 p.

[2] Chiffres clés du patrimoine naturel en Bretagne (édition 2015) GIP Bretagne environnement. 32 p.

 

 

Schéma d'une haie
© Jardin Graphique  |  Schéma de haie

 

Plusieurs facteurs influent sur l’habitat bocage : la structure de la haie, la présence d’un fossé, d’un talus, d’un ourlet enherbé en bordure de parcelle, sa continuité, sa largeur mais aussi la nature de sa flore et le nombre de strates interviennent à la fois dans la qualité des habitats proposés et leur diversité. La présence de micro-habitats (souches, arbres morts ou à cavité, éléments rupestres, etc.) permet à une grande variété de plantes de s’épanouir et sert de support à la richesse de la biodiversité bocagère. À commencer par celle des invertébrés (limaces, escargots, insectes) dont beaucoup accomplissent une partie de leur cycle biologique dans les haies.

 

Grand rhinolophe © Laurent Mignaux - Terra
© Laurent Mignaux (Terra)  |  Le grand rhinolophe fait partie des chauves-souris les plus emblématiques du bocage breton 

 

Pour beaucoup d’espèces de chauves-souris, le réseau de haies assure une continuité écologique en jouant le rôle de corridors. Ce maillage vert connecte entre eux différents territoires fondamentaux pour leur biologie : des zones de chasse riches en insectes, des gîtes hivernaux frais et des sites de mise bas chauds.

 

Mieux comprendre

Sélection documentaire sur le sujet :

 

Auteurs : Emmanuèle Savelli (OEB)
Collaborateurs : Françoise Burel (UMR Ecobio), Aude Pélichet (Dreal Bretagne)

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Le bocage en Bretagne

Le bocage est un paysage rural façonné par l’homme et qui a constamment évolué au gré de ses besoins. Sa dernière grande mutation a commencé au milieu du XXe siècle et, bien qu’en régression, il reste encore présent en Bretagne. La disparition progressive des haies et talus a révélé le rôle qu’ils jouent pour la biodiversité, la ressource en eau et la qualité des sols mais aussi l’agriculture. Les mesures réglementaires et incitatives prises pour préserver le bocage prouvent qu’il est désormais mieux reconnu. Mais c’est probablement sa valorisation économique, par le biais d’usages nouveaux ou à redécouvrir, qui garantira le mieux sa pérennité.

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