Données
- Collection cartographique (OEB) - Les paysages en Bretagne
- Inventaire forestier national. Mémento Edition 2024, IGN. BD des boisements spontanés du programme scientifique ECOFRICHE, 2022. Université de Rennes
Documentation
La Bretagne offre une grande diversité de paysages : plaines, plateaux, petits reliefs et littoral. Huit grandes familles s’y distinguent, façonnées par l’érosion et l’agriculture. Hérités d’un ancien défrichement, les paysages y forment aujourd’hui une mosaïque de bocages, cultures, forêts fragmentées et zones urbanisées, où l’arbre reste un élément structurant malgré l'un des plus faibles taux de boisement en Métropole.
Quels paysages peut-on observer aujourd'hui en Bretagne ?
Qui parcourt la région aura l’occasion d’y découvrir des paysages de plaines, de plateaux, voire de « petites montagnes » - les Monts d’Arrée et les Montagnes Noires - et des paysages littoraux. Les scientifiques identifient 8 grandes familles de paysages, façonnés par l’érosion et sous l’influence océanique de la Manche et de l’Atlantique :
- le paysage de bocage dense sur colline ;
- le paysage de bocage à maille élargie ;
- le paysage à ragosse (la taille en ragosse est une pratique d'émondage consistant à tailler les branches latérales d'un arbre pour les récolter) ;
- le paysage cultivé avec talus ;
- le paysage boisé et de bosquets ;
- le paysage de zones humides d'eau douce ;
- le paysage de cultures légumières ;
- le paysage littoral urbanisé.
Lire la brochure « Les paysages de Bretagne », éditée par le conseil régional de Bretagne, pour comprendre comment décrire les paysages et les détails des 8 grandes familles de paysages bretons, leur répartition et leurs particularités.
Comment se sont-ils formés ? Et pourquoi parle-t-on d'une mosaïque de paysages ?
Grâce aux études de pollens fossiles conservés dans les tourbières, on sait aujourd'hui que la forêt occupait la quasi-totalité de la Bretagne, il y a quelques 5 000 ans, avant l'intervention de l'homme. Si dès 2 000 ans avant J.-C., les populations se déplacent vers l’intérieur de la région, il faut attendre 400 ans avant J.-C., à la faveur d'un important essor démographique, pour que les défrichements prennent une grande ampleur. Ces déboisements, liés au développement de l'agriculture, se sont ensuite poursuivis activement, et au Xe siècle, le milieu armoricain présentait déjà un caractère nettement agraire au détriment du manteau forestier.
Derrière ces grandes familles, comme dans une gigantesque mosaïque, se cachent en fait une diversité d’entités paysagères singulières, plus ou moins étendues et plus ou moins imbriquées. La région compte une vingtaine de types de paysages, composant une fine trame très hétérogène. Cette dernière est dominée par des paysages agro-naturels, hérités d’une occupation des sols typique des régions bocagères. Elle se distingue également par la dissémination de l’habitat et par un large gradient de formes urbaines allant de la ferme isolée (habitat diffus) à des villes moyennes et des métropoles régionales (urbain dense) en passant par des bourgs et villages.
Comprendre pourquoi le bocage est un refuge à fort potentiel pour la biodiversité en Bretagne et le rôle du maillage bocager sur la ressource en eau et les sols de la région.
Quelle est la place de l'arbre dans les paysages bretons ?
La Bretagne est l’une des régions les moins boisées de France puisqu’avec ses près de 450 000 hectares de forêt en 2023, elle arrive en 10ème position sur les 13 régions métropolitaines. L’arbre est plus présent dans certains paysages, soit sous forme de grande forêt comme à Paimpont, soit sous forme de très nombreux bosquets, par exemple dans le Goëlo. Les landes et le bocage dense sont souvent associés à ces bois, pour l’essentiel constitués de feuillus. Les résineux, sont toutefois bien représentés dans ces paysages car ils ont été introduits lors de campagnes de reboisement d’après-guerre, notamment dans le Morbihan, les Côtes-d’Armor et les Monts d’Arrée.
Soumise depuis longtemps au défrichement, la Bretagne est aujourd'hui surtout agricole, et les espaces boisés y sont très fragmentés. Ils le sont même plus qu'ailleurs en France puisqu'il n’existe pas de massifs de plus de 10 000 ha dans région et ceux d’au moins 1 000 ha représentent seulement 20 % des surfaces boisées contre plus de 80 % au niveau national. Les cinq plus grandes forêts de la région, de Rennes, de la Guerche, de Quénécan, de Lanouée et de Paimpont, ont une surface comprise entre 2 900 et 9 000 hectares.
Le taux de boisement de la région (16 %) est 2 fois plus faible qu’au niveau national. Mais la surface forestière bretonne a augmenté de 50 % depuis 1965, ce qui ne peut que renforcer le poids de l’arbre dans certains paysages de la région. Cette croissance s’explique à parts égales (~ 1/5ème de la surface forestière actuelle) par des plantations subventionnées réalisées à partir des années 1950 et par un phénomène de boisement spontané sur d’anciennes terres agricoles, entre 1985 et 2015.
Les ensembles forestiers dépassant 1 000 ha ont en Bretagne la particularité d'offrir une grande diversité de peuplements, ce qui est plutôt favorable à la biodiversité.
A quoi ressemble le bocage breton ? et d'où vient sa diversité ?
Le bocage, composé de haies, talus et chemins creux, est un élément majeur des paysages agricoles bretons. Les haies peuvent être très denses ou plus espacées, et leurs formes varient selon les pratiques agricoles (comme l’émondage).
Des Monts d’Arrée au Mené et sur les Montagnes Noires, les reliefs de crêtes de grès et des massifs granitiques alternent avec des vallées encaissées. Là, les sols pauvres ont favorisé le maintien d’un bocage dense et de surfaces en herbe. Les parcelles agricoles sont petites, faites de prairies encloses d’un réseau de haies, souvent doublé d’un réseau de chemins. En marge de ces massifs, dans les plateaux aux vallées encaissées du Léonard au Trégor, le réseau bocager quoi qu’encore important a davantage été modifié par des remaniements fonciers et le développement des cultures fourragères en rotation avec des céréales (maïs, blé). Entre 1960 et 1980, les politiques publiques de remembrement ont incité les agriculteurs à agrandir leurs parcelles. De nombreuses haies bocagères ont alors été supprimées pour augmenter leur taille. Des bois et landes se sont concentrés sur les versants de vallées, peu à peu abandonnés par l’agriculture.
« En France, la grande période des remembrements correspond à l'accélération de la modernisation de l'agriculture entre 1955 et 1975. Les paysages ruraux, dans les principales régions concernées, ont été profondément transformés par les opérations de remembrement. Le terme général au singulier, « le remembrement », désigne souvent le mouvement d’ensemble de ses opérations. » (Géoconfluences)
- Le bocage : un paysage auquel les Bretons et les Bretonnes sont très attachés
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L’enquête régionale « Bien-être et paysages bretons » réalisée en fin 2020, début 2023 auprès de plus de 2 000 Breton·ne·s montre leur attachement aux singularités des paysages bretons, notamment au bocage. Ainsi, 75 % des habitant·e·s estiment que l’action prioritaire dans les paysages à 1 km autour du domicile est de maintenir le bocage. Ce paysage fait partie de l’identité régionale, rappelant l’histoire agricole et l’importance des haies pour l’environnement.
Crédit photo : Guillaume Bonnel, Observatoire photographique du paysage porté par le département d'Ille-et-Vilaine et la DDTM 35 | Haies bocagères discontinues dans les paysages ruraux d’Ille-et-Vilaine, 2019.
Dans les bas plateaux du Léon et les bassins à l’ouest de la Bretagne (Châteaulin, Cornouaille), les sols plus profonds favorisent les labours. Les prairies sont donc minoritaires. À l’est de la Bretagne, les pratiques d’émondage sur les haies ont créé un bocage à ragosses spécifique, notamment dans le bassin de Rennes. Ce bocage a souvent disparu au gré des agrandissements de parcelles, laissant place localement à un paysage ouvert, notamment dans le bassin de Pontivy-Loudéac. Quant aux plateaux et bassins d’agriculture intensive de la Bretagne, ils ont en commun de grandes parcelles et la disparition progressive du bocage. L’exposition aux vents d’ouest y est plus vive. Les haies sont plus basses et souvent sous forme de taillis, les arbres de haut jet sont plus rares. Inversement, les murets sont très présents et les talus plus hauts (1 à 2 m). À proximité du littoral, ils constituent souvent le seul enclos de la parcelle, notamment en secteur légumier. Ils ont une fonction de brise-vent, mais contribuent également à lutter contre l’érosion des sols et à maintenir la terre cultivable dans chaque parcelle. Pourtant, ils sont peu à peu supprimés en raison du coût de leur entretien.
Pour les ragosses, ce sont les branches latérales qui sont taillées.
Consulter GéoBretagne pour visualiser l’évolution du bocage de 1950 à nos jours.
Que retenir ?
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La Bretagne compte 8 grandes familles de paysages, plutôt ruraux mais forment une mosaïque très variée.
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Les paysages bocagers sont majoritaires et viennent d’un long processus de défrichement qui a transformé la forêt originelle.
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Même si la Bretagne est peu boisée (taux de boisement en 2023 de 16 %, soit 2 fois moins qu’au niveau national), l’arbre reste un élément structurant du paysage.
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Le bocage dense se trouve surtout en Bretagne Nord, dans les zones de relief et de prairies.
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Les cultures légumières dominent aussi en Bretagne Nord.
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Bien que l’habitat en Bretagne soit traditionnellement disséminé, l’urbanisation marque davantage les paysages sur le littoral, en Bretagne Sud.
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