Dernière mise à jour le : 30 mars 2020

Les paysages en Bretagne : que nous disent nos cinq sens ?

Le paysage naît d’une expérience individuelle où sensations et perceptions sont captées par chaque individu pour appréhender l’espace géographique qui l’entoure. Ensuite, sensations et perceptions sont interprétées par le cerveau pour devenir une représentation mentale qui se forme à partir des filtres individuels, culturels et sociaux (souvenirs personnels, cartes postales, émissions TV, histoire collective, etc.).

Si le paysage est perçu pas tous les sens, la vue reste privilégiée pour le décrypter. L’œil perçoit plusieurs informations concernant les formes, l’étendue, les couleurs, l’orientation et la distance des objets dans le paysage. Le cerveau, par des analogies et une identification par vraisemblance, interprète le paysage vu. La perception n’est pas universelle et diffère d’un individu à l’autre [1].

La perception visible du paysage est dépendante des capacités physiques de chaque individu mais également des conditions d’observation. La luminosité, induite aussi par les conditions météorologiques, offre une multiplicité de variations paysagères. Un même paysage est transfiguré par la lumière changeante des saisons, la présence de brume, de vent ou de soleil, sans parler de la différence entre un paysage vu de jour, de nuit, entre chien et loup. La reconnaissance des paysages nocturnes et la recherche de nuits étoilées sont d’ailleurs des sujets émergents.

[1] JOLIET Fabienne, 2014, Paysages et naturalités, en images, Habilitation à Diriger les Recherches, Vol.1, Angers, Université d'Angers, 156 p.

 

Selon la position de l’observateur

La perception du paysage découle également de la prise de distance de l’observateur par rapport à l’étendue géographique qui détermine l’échelle d’observation. Au haut du Menez Hom, à 330 mètres d’altitude, l’observateur a une vue à 360° sur la rade de Brest, la baie de Douarnenez, la pointe de Pen-Hir et les Monts d’Arrée ; un panorama ouvert sur la région. Lorsque l’observateur est immergé dans le paysage, et notamment dans les paysages urbains (centre historique de Rennes), dans les paysages forestiers (forêt de Brocéliande) ou dans les mailles d’un bocage dense, la vision est rapprochée et donne une impression de paysage fermé. Les belvédères et points de vue panoramiques sont rares en Bretagne, ils sont surtout présents sur le littoral et aux bords des vallées encaissées.

 

Le quartier de la Courrouze à Rennes
La quartier de la Courrouze à Rennes | Crédits : Patrick Edeline, 
Obseravtoire photographique du paysage de l'Université du Temps Libre de Bretagne

 

Regarder en mouvement... ou dans un milieu différent

La vision du paysage, du rapprochement à l’éloignement d’un élément de paysage ou d’un ensemble de paysage, est conditionnée par le déplacement.  Chaque type de déplacement - à pied (le GR 34 [2]), en voiture (RN 12), en train (LGV), en bateau (le long d’une ria), etc. - entraîne des perceptions visuelles différentes sur le paysage observé.

La perception visuelle change aussi selon le milieu d’observation : les paysages sous-marins, accessibles aux plongeurs et professionnels de la mer, n’ont pas la même profondeur de champ que les paysages aériens émergés, mais ils sollicitent par ailleurs de manière plus intense d’autres perceptions : sonores, tactiles, etc.

[2] le GR34 a la particularité en Bretagne de donner accès quasiment à l’intégralité du littoral régional.

 

Paysages sonores

Les perceptions auditives, comme les perceptions visuelles, participent aux perceptions primaires. Même si les données recueillies par le cerveau sont en plus grand nombre d’ordre visuel, l’importance du son ne doit pas être minimisée dans le comportement humain. Le son est le stimulus premier pour exprimer le danger. Par sa propagation, il traduit des signaux d’alerte, sirène en temps de guerre, klaxons, alarme incendie, etc.

Par ailleurs, l’environnement sonore contribue à l’identité paysagère. Ainsi, le Pôle d'équilibre territorial et rural du pays de Saint-Brieuc réalise des captations sonores pour donner à entendre le bocage costarmoricain. L’environnement sonore est alors constitué pour l’essentiel de chants d’oiseaux. Aussi, selon les moments de la journée, l’environnement sonore évolue. Par exemple, sur une place de marché, aux préparatifs en fin de nuit (5 h 30) succède le brouhaha des conversations entre clients et marchands au moment de la pleine activité (12 h), avant le retour des bruits de la circulation automobile, une fois le marché terminé (16 h 30). De même, d’une époque à l’autre, les paysages sonores se modifient. Le collectif Micro-sillons a imaginé une création du paysage sonore durant la Grande Guerre à Rennes et en Ille-et-Vilaine à partir des Archives départementales.

 

Et tous les autres sens en éveil

Puis, il y a les perceptions secondaires : le toucher, le goût et l’odorat. Plus difficiles à saisir, les sensations tactiles et gustatives nécessitent un contact direct avec l’espace ; l’odorat, à la croisée des deux, demande un contact de proximité mais marque souvent le souvenir d’un lieu. La présence de vent peut indiquer la proximité du bord de mer ou un paysage de plaine ouvert, le bruit des vagues signale la mer, la sensation d’humidité ou le bruit de l’eau qui s’écoule, révèlent la présence de milieux aquatiques, le claquement des cordages des bateaux dans le port, le ronronnement des voitures sur un axe routier important, etc. Les odeurs sont aussi symptomatiques des lieux et des usages dans le paysage : odeur de la ville, de l’ajonc en fleur, de l’humus et de la mousse, de la marée basse et des algues, des sites agro-alimentaires et de l’agriculture intensive (porcheries), odeur « d’œuf pourri » due aux algues vertes se décomposant, odeur des produits en transit dans les ports de commerce (tourteaux de soja, poissons), etc.

In fine, les paysages sont multi-sensoriels, écouter nos sensations dans le paysage permet alors de le caractériser.

 

Paysages de landes en Bretagne
Paysages de landes en Bretagne | Crédit : Laurène Alleaume, 
Observatoire photographique du paysage des Espaces naturels sensibles d'Ille-et-Vilaine porté par le département

 

« Manger » du paysage

L’identité culinaire se traduit dans les paysages. L’or noir de Bretagne – le sarrasin – fait son retour depuis que le Polygonum a obtenu en 2010 une indication géographique protégée. Champs aux fleurs blanches, utilisation des moulins par les meuniers, galettes dans les crêperies, le menu à base de sarrasin est emblématique du paysage. Manger le paysage, c’est aussi le gigot d’agneau d’Ouessant, cuit pendant sept heures sous la motte de lande prélevée directement sur l’île. Tout comme le contenu de nos assiettes, les paysages varient selon les saisons.

 

 

Mieux comprendre

Écouter la pièce sonore "Les sons de l'arrière" sur les paysages sonores de la Première Guerre mondiale à Rennes.

S'immerger dans les environnements sonores de la Bretagne (rubrique "sons").

Approfondir ses connaissances sur les paysages sensoriels.

Auteurs : Caroline Guittet (OEB)
Collaborateurs : Laurence Le Dû-Blayo et Séverine Leroy (Université Rennes 2)

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