Dernière mise à jour le : 17 novembre 2017

Les landes bretonnes ont besoin d'un entretien spécifiquement adapté à leur biodiversité

Avec les changements de pratiques agricoles, les landes mais aussi les espèces qui vivent exclusivement dans ces milieux sont aujourd'hui menacés en Bretagne. Elles ne sont conservées que grâce à un entretien spécifiquement adapté à leur biodiversité.

Composées d'arbrisseaux, les landes se développent sur des sols acides et pauvres, où dominent le pourpre des bruyères et l'or des ajoncs. Insectes et oiseaux font partie de leur faune discrète. Avec les changements de pratiques agricoles, ces milieux naturels sont aujourd'hui les plus menacés et ne sont conservés que grâce à un entretien spécifiquement adapté à leur biodiversité. Depuis quelques années, les associations, élus, collectivités ont pris conscience de l'importance des landes en tant que patrimoine naturel et de la nécessité de les protéger et de les mettre en valeur.

 

La superficie actuelle occupée par les landes en Bretagne est délicate à évaluer. Elle serait au maximum de l'ordre de 40 600 hectares [1].

[1] calcul de superficie sur la couche " Occupation du sol - résolution 30 m - pixel minimal 1 hectare " incluant des potentialités de landes (anciennes landes dégradées), OEB (2012).

 

Pâturage extensif sur les landes du Cragou
Crédit photo : Emmanuel Holder (Bretagne Vivante) | Taouac'h, une vache nantaise qui entretient la lande du Cragou.

 

Faune et flore : des équilibres complexes

La composition floristique des landes dépend de la nature du sol, du climat et de leurs modes de gestion. Le pâturage et le piétinement, par exemple, favorisent les diverses graminées (molinie, agrostide) au détriment des bruyères et des ajoncs. La fauche et l'exportation de la litière privilégient le maintien des landes rases à bruyères. Elle limite le développement des ajoncs, assurant leur plus grande diversité biologique.

La faune des landes, en particulier les insectes et les oiseaux, s’appuie sur des équilibres parfois complexes. Les espèces s’installent en fonction de la composition floristique et de la physionomie des landes. D'autres habitants comme certains oiseaux choisissent les landes parce que ce sont des milieux ouverts.

La linotte mélodieuse et la fauvette pitchou, utilisent l'ajonc pour nicher le traquet pâtre, le busard cendré, le courlis cendré (qui nichent à terre dans la lande basse humide), trouvent également dans la lande une nourriture diversifiée. C'est le cas notamment d'un grand nombre d'invertébrés décomposeurs de la matière organique de la litière (larves de diptères), d'acariens, de collemboles, d'insectes floricoles, de punaises, de criquets, de sauterelles, d'araignées et d'insectes prédateurs.

 

Azuré des mouillères
Crédit photo : INPN | L'azuré des mouillères est un hôte des tourbières et des landes humides. Il naît dans une 
fleur et grandit dans une fourmilière.

 

L'exemple de l'azuré des mouillères

L'azuré des mouillères offre un très bel exemple de la complexité des relations écologiques au sein des landes. Le cycle de vie de ce papillon est indissociable des landes tourbeuses. Ses chenilles vivent dans les fleurs de gentiane pneumonanthe et se nourrissent des graines en cours de formation, au cours des trois premiers stades de leur développement. Puis, elles tombent sur le sol et sont récupérées par des fourmis rouges du genre Myrmica, également liées aux landes tourbeuses, qui les emportent dans leur fourmilière comme le seraient leurs propres larves égarées à la surface du sol. Dans la fourmilière, les larves du papillon achèvent leur croissance en se faisant nourrir par les fourmis ouvrières. Les chenilles, quant à elles, produisent un miellat qui augmenterait la survie de leurs hôtes, en période de disette. Elles se transforment ensuite en chrysalides et émergent à la mi-juillet de l'année suivante.

Fragilisées par leur morcellement

Les surfaces de landes ont beaucoup fluctué au cours des siècles passant par des épisodes d'extension (à l'aube de la Révolution, elles occupaient un million d'hectares en Bretagne) et de régression. La révolution fourragère s'est ainsi traduite par l'abandon progressif des landes, laissées libres d'évoluer vers le fourré forestier et de changer de communautés végétales et faunistiques. L'introduction de résineux adaptés, l'assèchement des zones humides ou encore les incendies ont, depuis le XIXe siècle, également contribué à leur régression. Tout comme le piétinement et le surpâturage car ils entraînent des changements de flore, pouvant aller jusqu'à la destruction totale de la végétation par endroits.

De cette régression des landes résulte une fragmentation des habitats et une diminution des espèces qui en sont très dépendantes (courlis cendré, busard cendré), et qui ne trouvent pas, en Bretagne, d'autres milieux susceptibles de les accueillir. L'abandon des usages agricoles favorise également le développement d'une végétation très inflammable qui, suite à une période sèche, est propice aux incendies.

 

Les agriculteurs fauchent les landes du vergam et du Cragou
Crédit photo : Emmanuel Holder (Bretagne Vivante) | Des agriculteurs fauchent les landes du vergam et du Cragou.

 

Des connaissances à parfaire

La plupart des landes sont considérées comme des zones spéciales de conservation et appartiennent de ce fait au réseau écologique européen Natura 2000, ainsi que les micro-habitats dépendants, telles les mares ou les affleurements rocheux inclus dans ces paysages. De nombreuses espèces sont également protégées à titre réglementaire pour leur valeur patrimoniale ce qui renforce le caractère remarquable de ces habitats, et ceci bien qu'ils soient reconnus comme milieux à faible richesse spécifique (c'est-à-dire ayant un faible nombre d'espèces par communauté).

Tout en respectant la richesse biologique et la qualité des paysages offertes par les landes, il est parfois nécessaire de les entretenir afin de prévenir le risque d'incendie. Cette gestion peut passer par des opérations de débroussaillement, de pâturage ou de reboisement selon les cas et nécessite alors d'impliquer les acteurs locaux.

Si les éléments remarquables de la flore sont plutôt bien connus, il n'en va pas toujours de même pour la faune. Contrairement à certaines espèces comme le courlis, les busards Saint-Martin et cendré, les connaissances restent à renforcer pour bon nombre d'espèces d'invertébrés inféodés à ces habitats, ou dépendants d'eux pour une partie de leur cycle de développement.

 

Mieux comprendre

Il existe plusieurs réserves naturelles en Bretagne permettant de découvrir les paysages des landes, leur flore et leur faune :

Auteurs : Emmanuèle Savelli (OEB)
Collaborateurs : Bernard Clément (UMR Ecobio)

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