Dernière mise à jour le : 12 juin 2020

Les vulnérabilités du littoral breton face aux risques côtiers

Chaque année, les tempêtes hivernales rappellent les vulnérabilités du littoral breton. Les zones basses sont les plus exposées aux risques côtiers d'érosion et submersion. De l'endommagent des bâtiments situés en bord de mer à la perte d'un patrimoine naturel et archéologique unique, les enjeux sont nombreux.

La population avance, le trait de côte recule

Aujourd’hui, environ 70 % de la population mondiale vit à moins de 60 km des côtes et au moins 24 % des plages sont en érosion [1]. Entourée par trois façades maritimes, la Bretagne est particulièrement concernée. La région fait face à deux tendances contradictoires. L’une est la tendance au recul du trait de côte vers l’intérieur des terres. L’autre est un rapprochement des populations littorales vers la ligne de rivage. Depuis la fin du XIXe siècle, « la zone tampon » de quelques kilomètres, autrefois conservée entre les anciens bourgs et le trait de côte, s’est progressivement réduite. Les constructions se sont rapprochées au plus près du trait de côte (par nature mouvant) pour profiter des aménités offertes par la mer. Quant à l’érosion, c’est un phénomène avant tout naturel que les activités humaines de ces dernières décennies n’ont fait que renforcer, que ce soit par les divers aménagements côtiers perturbant le transit naturel des sédiments, ou par le changement climatique à l’origine de l’élévation du niveau des océans. Ces deux dynamiques convergentes entraînent aujourd’hui des risques pour certains secteurs du littoral breton.

[1] The State of the World’s Beaches. Scientific reports, 2018.

 


À gauche : Tableau Matinée de juin à Porz-Even, Etienne Bouillé, 1893 [Musée de Laval].
À droite : Photo d'Edwige Motte, 2016.
Ce tableau témoigne de l’urbanisation massive du littoral au cours du XXème siècle.

 

Les risques littoraux

Par définition, un risque est la combinaison entre une menace (aléa côtier) et des biens ou personnes exposés (enjeux). Il existe trois types de menaces, ou « aléas » littoraux, répertoriés par la direction générale de la prévention des risques (DGPR) : la submersion marine (inondation temporaire de la zone côtière), l’érosion (phénomène de dégradation de la côte par le vent, les vagues et les courants de marée) et la migration dunaire (avancée du front de dune vers l’intérieur des terres).

 

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Crédit : BRGM

La plus grande partie des aléas recensés en Bretagne entre 1790 et 2016 concernent l’érosion et l’endommagement de rivages artificiels (structures de défense du trait de côte, digues, bâtiments), l’érosion de rivages naturels (perte de sable sur les plages, effondrement de falaises), et les submersions marines. La migration dunaire est actuellement peu présente en Bretagne, et n’est donc généralement pas prise en compte dans les études sur les aléas côtiers. Cependant, des archives historiques indiquent que des avancées sableuses ont eu lieu à plusieurs reprises sur les côtes armoricaines, recouvrant parfois les villages de sable. Quant aux enjeux, ils sont nombreux. En bord de mer, les enjeux humains et matériels sont particulièrement importants. Ils sont généralement deux à trois fois plus élevés qu’en métropole. Environ 36,7 % de la population bretonne est aujourd’hui concentrée dans les communes littorales.

 

Mieux comprendre

Une étude sur la caractérisation des aléas littoraux et des submersions marines en Bretagne par l’approche historique, 2018.

 

Principale menace : les tempêtes

L’érosion et la submersion marine sont généralement engendrées par des vents forts ou des tempêtes, associées à des conditions de mer propices à la surélévation de l’eau (haute mer, surcote, houle). En Bretagne ces évènements météo-marins se produisent surtout au cours de l’automne et de l’hiver. Les risques sont donc plus élevés à cette période de l’année. Chaque année, des évènements tempétueux rappellent la vulnérabilité des côtes bretonnes. La tempête Johanna du 10 mars 2008 a marqué les esprits par la violence des impacts engendrés (inondation, endommagements d’ouvrages côtiers, forte érosion de dunes et falaises, etc.). Tandis qu’à la fin de l’automne-hiver 2013-2014, le littoral breton dressait un nouveau bilan face à des dégâts localement considérables, après avoir été balayé par une série de tempêtes.

 

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Crédit photo : Laetitia Beauverger  |  Submersion marine, débordement à Perros-Guirec.

 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser dans le contexte actuel de réchauffement climatique, les tempêtes ne sont a priori ni plus nombreuses ni plus violentes qu’autrefois. Simplement, le nombre de dégâts est bien plus important aujourd’hui que dans les années 1800 car le nombre d’habitants et de logements en bord de mer a très fortement augmenté.

 

Accéder aux données

 

La carte des zones à risque

Le croisement entre la carte des zones subissant le plus d’aléas et la carte des zones à très forts enjeux (hébergement touristiques, milieux naturels fragiles, fort taux de logements et d’habitants etc.) permet d’obtenir une carte des zones à risque. Une telle carte a été réalisée par les chercheurs de l’Université de Bretagne Occidentale dans le cadre du projet Osirisc (Observatoire intégré des risques côtiers d'érosion submersion).

 

 

La distribution spatiale des communes les plus touchées n’est pas un hasard. Les littoraux bas, appelés « zones basses », sont les plus exposées aux aléas érosion et submersion marine et concentrent de nombreux enjeux. Les zones basses sont plus développées sur la façade méridionale que sur les côtes occidentales et septentrionales de la région. Celles-ci sont généralement plus élevées et donc en partie protégées. De plus, la pointe bretonne et le littoral breton méridional sont directement exposés aux tempêtes et aux houles venant de l’Atlantique et du Golfe de Gascogne, alors que la côte Nord de la Bretagne bénéficie d’une situation un peu plus abritée. En Ille-et-Vilaine, Saint-Malo et la baie du Mont-Saint-Michel sont très concernés. Les communes les plus impactées par des dégâts littoraux possèdent généralement un long linéaire côtier constitué essentiellement de cordons littoraux sableux ou de galets, par exemple le site du Dossen sur la commune de Santec (29) la plage du Verger sur la commune de Cancale (35). Les côtes rocheuses ou à falaises sont les moins touchées. Les falaises de Belle-Île, la côte nord du cap Sizun, la pointe Saint-Mathieu, le cap Fréhel et la pointe du Grouin sont ainsi relativement épargnées. Enfin, certaines villes estuariennes sont régulièrement inondées (Quimper, Châteaulin, Landerneau, Auray, Quimperlé, voire Lannion et Tréguier…), du fait d’une concomitance crue-submersion : les tempêtes génèrent un fort niveau marin, donc la rivière, souvent gonflée par les précipitations associées, déborde parfois dans des villes situées en arrière-pays.

 

 

Les enjeux environnementaux

L'alternance de roches dures et tendres ponctue le littoral breton de multiples formes géomorphologiques comme des marais maritimes (baie du Mont-Saint-Michel, golfe du Morbihan), des dunes (baie d'Audierne, Gâvres-Quiberon), des flèches ainsi que des cordons de sables et de galets (sillon de Talbert) mais également des rias et abers. Cette diversité géomorphologique génère des milieux naturels riches et variés, qui font l'objet de plusieurs mesures de protection et/ou de conservation (les sites du Conservatoire du littoral, ZNIEFF 1, les Réserves Naturelles Nationales et Régionales ainsi que les Parcs Naturels Régionaux). Un recul du trait de côte peut avoir des conséquences lourdes sur les milieux naturels littoraux : la salinisation des sols, la disparition d'une végétation endémique, ou l'inondation de zones basses situées à l'arrière d'un cordon dunaire.

 

 

Les enjeux patrimoniaux

L'érosion littorale affecte également l’ensemble du patrimoine culturel, historique et archéologique des côtes de la Manche et de l’Atlantique. En grignotant la côte, la mer met à découvert des sites archéologiques qui étaient jusqu’alors enfouis. Ils peuvent disparaître en quelques semaines sous les eaux. Environ 750 sites archéologiques sont concernés en Bretagne, datant du Paléolithique à l’époque moderne. Devant l’ampleur du phénomène et afin de pallier cette perte de patrimoine, le Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire (CReAAH) et l’Observatoire des Sciences de l’Univers de Rennes (OSUR) ont mis en place un réseau de science participative, via le projet ALeRT (Archéologie, Littoral et Réchauffement Terrestre). Le public peut faire part de ses observations de terrain (morceaux de céramique, ossements d’animaux, etc.) sur un site web dédié afin que les archéologues puissent se rendre rapidement sur place pour surveiller le site et/ou organiser des fouilles avant qu’il ne soit submergé ou détruit par l’érosion.

 

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Crédit : Catherine Bizien-Jaglin (CeRAA, Centre Régional d'Archéologie d'Alet, St Malo)  |  Le camp Viking de Gardaine à Saint-Suliac (35), 2015.

 

L'enjeu touristique

La fréquentation et l’offre des hébergements touristiques sont nettement concentrées sur le littoral : en 2018, les communes littorales bretonnes accueillaient 78 % des nuitées réalisées en Bretagne par la clientèle française. Sur les 1,8 millions d’étrangers ayant visité la Bretagne (Royaume-Uni en tête), 67 % ont séjourné sur le littoral breton. Dans les bassins de vie du littoral breton, les résidences secondaires représentent en moyenne un logement sur cinq. Cette proportion dépasse même les 60 % dans de nombreuses stations balnéaires prisées du Morbihan ou des Côtes-d’Armor (Carnac, Saint-Cast-le-Guildo, etc.). Un recul du trait de côte et une disparition des plages pourraient avoir une répercussion importante sur les activités économiques liées au tourisme.

 

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Accéder aux données

Quelques cartes interactives de l'Insee :

 

Mieux comprendre

  • En savoir plus sur les risques côtiers et les projets de l'Université de Bretagne Occidentale (UBO).
Auteurs : Morgane Guillet (OEB)
Collaborateurs : Iwan LE BERRE, Pierre STÉPHAN et Catherine MEUR-FÉREC (UBO), Jean-Michel SCHROETTER et Sylvestre LE ROY (BRGM), Géraldine AMBLARD (Dreal Bretagne)

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