Dernière mise à jour le : 23 janvier 2021

Retour d’expériences sur les méthodes des observatoires photographiques du paysage en Bretagne

Depuis une trentaine d’années, les observatoires photographiques du paysage (OPP) surveillent les paysages par le biais de reconductions photographiques à intervalle de temps régulier. En Bretagne, 27 OPP sont en place ou en projet : tous ont adopté une démarche singulière. Chacun utilise une méthode dépendante des attendus de l’organisme porteur mais, et surtout, du territoire d’observation.

 

D’une démarche étatique à des démarches locales en Bretagne

En France, la politique du paysage est structurée par la loi « paysages » de 1993 visant à protéger et mettre en valeur les territoires et la Convention européenne du paysage, entrée en vigueur en France en 2006, qui invite :

  • à analyser leurs caractéristiques[1] ainsi que les dynamiques et les pressions qui les modifient ;
  • à en suivre les transformations. 

C’est dans ce contexte que naissent les OPP en 1991 portés par le Bureau des paysages du ministère de l’Environnement. Ils ont pour objectif de « constituer un fonds de séries photographiques qui permette d’analyser les mécanismes et les facteurs de transformations des espaces ainsi que les rôles des différents acteurs qui en sont la cause de façon à orienter favorablement l’évolution du paysage » [2]. 

Les premiers OPP en France apparaissent à la fin des années 1990 et suivront la méthodologie préconisée par le Bureau des paysages. Ils mettent en collaboration si possible un·e photographe professionnel·le et différent·e·s acteurs·rices en charge de l’aménagement du territoire. Cette démarche impulse une dynamique d’observation photographique du paysage à l’échelle locale.

En Bretagne, deux OPP sont accompagnés par le Bureau des paysages et s’intègrent dans l’Observatoire Photographique National du Paysage : l’OPP du PNR d’Armorique créé en 1997 et l’OPP du CAUE 22 créé en 1994. Par la suite, les OPP vont se démultiplier à partir des années 2000 avec aujourd’hui 27 OPP en place ou en projet en Bretagne. Ces derniers sont issus de la volonté et de l’ambition de la gouvernance locale. Ces OPP s’appuient ou adaptent la méthode préconisée par l’État.

 

[1] À ce propos, consulter les Atlas de paysage en Bretagne 
[2] Cette définition est issue du document suivant : Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire, 2008, Itinéraires photographiques Méthode de l’Observatoire photographique du paysage, MEEDDAT, Paris, 74 p. 

 

À partir des années 2010, les OPP bretons se sont démultipliés. Ce « boom » est lié à la dynamique de réseau et 
à la création de la POPP-Breizh. 

 

Les OPP bretons pour quels suivis ?

Les structures OPP en Bretagne sont diverses : l’État avec l’OPP de la Trame Verte et Bleue, les Grands Sites de France avec par exemple l’OPP du Grand Site de France Gâvres-Quiberon, des entreprises privées comme Eiffage, etc. 
Les OPP peuvent être aussi co-portés : la DDTM 35 et le CD 35 co-pilotent l’OPP d’Ille-et-Vilaine, il en va de même pour l’Observatoire citoyen du littoral Morbihannais animé par le laboratoire Géosciences Océan, le Conseil départemental 56 et l’association RIEM. La collaboration entre institutions apporte une plus-value à l’OPP en croisant les différents regards et objectifs institutionnels et en mettant en synergie leurs compétences, leurs moyens financiers et leur réseau.  
 

 

Le tableau montre la diversité des porteurs OPP en Bretagne. Il est pris en compte ici les OPP qui ont une assise 
méthodologique confirmée et qui participent au réseau des OPP bretons.

 

Le type de portage de l’OPP est déterminant dans le suivi des dynamiques paysagères. Chaque institution va orienter l’observation en fonction de ses missions. Dans ce sens, les OPP bretons ont des objectifs et enjeux variés comme le présente le graphique ci-dessous. Les objectifs sont déterminants pour développer une méthode adaptée qui s’élabore en comité de pilotage.

 

Voici des exemples de suivis en Bretagne : le suivi d’un projet d’aménagement ( OPP du port de Brest ), 
le suivi d’une politique publiquepour appuyer un document de planification ( OPP du SCoT du Pays de Saint-Brieuc ), 
la création d’une mémoire locale ( OPP de l’Écomusée de Saint-Dégan ).

 

Le comité de pilotage (Copil)¹: le garant d’un OPP dynamique

Le comité de pilotage doit être composé tant que possible des différentes sphères de la gouvernance territoriale : élu·e·s locaux·les, technicien·ne·s, chercheur·e·s, habitant·e·s, etc.

Étape 1. Lors de la création de l’OPP, il détermine : les objectifs de l’OPP, les problématiques paysagères à suivre, le type de photographe qui réalisera la campagne mitraillette [3] et les reconductions (professionnel·le de la photographie, réalisation en interne, photographie habitante). Si le Copil décide de faire appel à un·e photographe professionnel·le, il sera en charge de rédiger le marché public [4].

Lors de la rédaction du cahier des charges, il veillera à bien prendre en compte le ratio entre le nombre de photographies demandées lors de la campagne mitraillette et le nombre de photographies à reconduire qui formera l’itinéraire photographique. En effet, le temps consacré à une prise de vue est relativement long (choix du lieu, choix de la composition photographique, rédaction de la fiche technique [5]) afin que chaque photographie soit qualitative. Aussi, la question du droit d’auteur·ice doit être abordée dans le document pour anticiper la valorisation des images [6]. 

Étape 2. À partir de la campagne « mitraillette », le Copil sélectionnera entre 20 et 100 points initiaux qui seront à reconduire dans le temps. Les re-photographies peuvent être réalisées tous les ans (OPP des Côtes-d’Armor), tous les deux ans (OPP de la LGV Bretagne-Pays de la Loire), tous les dix ans pour les séries historiques du Pays de Saint-Brieuc, etc. Les reconductions sont, en théorie, dépendantes des dynamiques observées. Dans la pratique, elles sont aussi en fonction des moyens de la structure OPP (budget et temps alloué). 

Les étapes 1 et 2 nécessitent plusieurs rencontres du Copil. Pour exemple, celui de l’OPP d’Ille-et-Vilaine s’est réuni une dizaine de fois de 2019 à 2020 pour construire l’observatoire.

Étape 3. Une fois l’OPP lancé, le Copil a comme rôle de donner du sens aux séries photographiques en les analysant. Le PNR du Golfe du Morbihan organise des cafés-paysages avec les élus locaux afin de faire connaître et faire vivre les images. Aussi, le comité pourra réfléchir aux formes de valorisation. Enfin, il a pour fonction de réajuster l’OPP au cours du temps : nouvelles thématiques d’observation, arrêt de certains points de vue obstrués, etc. Le CAUE des Côtes-d’Armor a, par exemple, arrêté la reconduction du point de vue de Pléneuf-Val-André puisqu’il est obstrué par la construction d’une maison individuelle en 2002. In fine, le Copil est le garant d’un OPP dynamique qui perdure dans le temps. 

 

[3] La campagne mitraillette désigne consiste à effectuer des prises de vue en grand nombre qui correspondent aux problématiques définies en amont. Le travail de terrain peut être accompagné de récolte de photographies anciennes.
[4] voici deux exemples de marchés publics : Marché public de la Baie du Mont-Saint-Michel (2020) et marché public de l’OPP d’Ille-et-Vilaine (2018).
[5] Exemples de fiches techniques
[6] Modèle de cessation du droit d’auteur

 

 

Mieux comprendre

 

Apprécier la multiplicité des paysages bretons

Les structures porteuses d’OPP en Bretagne innovent en expérimentant les potentialités de l’outil pour faire place aux différentes dimensions du paysage. Différents formats photographiques sont testés : le format panoramique pour une meilleure emprise spatiale de la LGV Bretagne-Pays de la Loire, le format à 360° degré pour contextualiser la série photographique par le PETR du Pays de Saint-Brieuc. 

Les porteurs OPP s’intéressent aussi à reconduire des images à partir de documents de référence qui permettent d’intégrer la dimension historique et culturelle : comme des cartes postales anciennes avec l’OPP de l’écomusée de Saint-Dégan ou des tableaux picturaux par l’OPP de l’Université du Temps Libre

Au-delà de la dimension historique, la question des flux et des dynamiques journalières est traitée par des prises de vue répétées durant une journée : le PETR du Pays de Saint-Brieuc a travaillé sur la gestion intégrée de la zone côtière sur le modèle du PNR du Golfe du Morbihan. Le phénomène de la marée a été rephotographié tous les 15 minutes de 8h30 à 21h00. Une vidéo a été réalisée.

Le paysage vu depuis le ciel est rephotographié grâce à l’utilisation du drone. Aussi, les paysages vus depuis les profondeurs de l’océan sont en cours de réflexion par l’OPP du Golfe du Morbihan. Pour compléter la dimension visuelle, l’approche sonore est aussi traitée par des ambiances sonores

Dans le cadre du module expérimental de l’OPP d’Ille-et-Vilaine, le paysage traversé sera mis en lumière en mettant en exergue les différentes perceptions liées aux déplacements (en voiture et en train).  L’outil OPP permet d’explorer la multidimentionnalité des paysages et nos perceptions du quotidien.  
 

 

Ce schéma présente la variété des choix méthodologiques possibles dans le cadre d'un OPP. 

 

 

Explorer la dimension sociale dans la méthode OPP

Intégrer les habitant·e·s dans un OPP peut se faire à différents stades de la démarche. En amont de l’OPP, le PNR du Golfe du Morbihan réalise en 2004 une exposition itinérante « Regards croisés. Les paysages du Morbihan vus par ses habitants ». Les habitant·e·s étaient invité·e·s à rephotographier leurs photographies anciennes. Plusieurs questions étaient posées : Pourquoi cette photo ? Quels sont les changements les plus marquants ? Qu’est-ce que vous voyez pour 2050 ?

Dans le même sens, en 2001, le CAUE 22 organise une exposition « Évolution et mémoire des paysages costarmoricains ». Elles donnaient à voir des re-photographies de cartes postales anciennes du département. Chaque visiteur était amené à commenter les séries durant l’exposition. Une publication présente cette exposition avec les commentaires habitants.

L’Université du Temps Libre de Bretagne est allée plus loin dans la démarche en construisant un OPP par les habitant·e·s pour les habitant·e·s à partir de 2018. L’objectif est de construire une mémoire sociale des paysages avec des bénévoles actifs·ves qui participent à enrichir les méthodes d’analyse. Le conseil départemental 35 travaille aussi à un OPP participatif. Du 2 mai au 31 juillet 2019, le Département d’Ille-et-Vilaine a organisé un concours photo, intitulé « L’Ille-et-Vilaine révélée par ses habitants ». Trois thèmes étaient proposés aux photographes amateurs du département : paysage familier, paysage en danger et paysage insolite. Les gagnants du concours sont invités à rephotographier leurs images. 

Autre exemple en Bretagne, l’Observatoire Citoyen du Littoral Morbihannais (OCLM) invite les citoyen·nes à participer à l’observation du trait de côte et à la dynamique du littoral avec le dispositif CoastSnap

 

Depuis 2018, l’Université du Temps Libre porte un OPP participatif à l’échelle de la Bretagne. Ici, l’adhérent de l’UTL
a choisi de concevoir une série historique à partir d’une carte postale de Paimpol. 
© Carte postale Éditions Le Roy, 1925 ; Pierre Tronchon, décembre 2018.

 

 

 

Auteurs : Caroline Guittet et Nolwenn Invernizzi (OEB)
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