La méthanisation en Bretagne, une filière récente et en forte croissance

Par Aliette Lacroix (OEB) Alejandro Zermeno Rodriguez (OEB)
en collaboration avec DREAL Bretagne, Conseil régional Bretagne, ADEME, AILE
Mise à jour : 15 octobre 2025
Temps de lecture : 6 minute(s)
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biomasse
énergie
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Photo Méthaniseurs agricoles

En Bretagne, la méthanisation connait une croissance soutenue depuis le début des années 2010 : la production de biogaz issu des installations de méthanisation double tous les trois ans. C'est la filière de production énergétique qui présente le plus fort taux de croissance sur la dernière décennie. Les installations de méthanisation bretonnes sont principalement alimentées par des ressources agricoles : les effluents d’élevage représentaient 59 % des tonnages entrant dans les méthaniseurs en 2023. En terme d'énergie produite, ce sont les matières agricoles végétales qui sont en tête : elles assurent 40 % de la production énergétique des installations de méthanisation.

La méthanisation, une filière récente, qui permet de produire plusieurs types d'énergie

La méthanisation assure en 2024 près de 8 % de la production énergétique bretonne, et ce chiffre ne cesse d'augmenter depuis le début du développement des installations de méthanisation en Bretagne à la fin des années 2000. La production des installations de méthanisation croît de 26 %/an en moyenne sur la période 2012-2023, et la Bretagne représente environ 7 % de la production française des méthaniseurs. Mais comment ces équipements, que l'on voit généralement à proximité d'exploitations agricoles, génèrent-elles de l'énergie ?

La méthanisation consiste en la production de biogaz à partir de ressources fermentescibles. Ce biogaz est capté puis valorisé sous trois formes principales : du biométhane (injecté directement sur le réseau de gaz), de la chaleur, ou de l'électricité.

La production de biométhane intervient grâce à un système d'épuration du biogaz, permettant d'atteindre une qualité (c'est-à-dire un taux suffisant de CH4) équivalente à celle du gaz naturel fossile. Le biométhane peut ainsi être injecté sur les réseaux de gaz (gérés par GRDF et Natran). En 2023, cette production représentait 680 GWh, soit 54 % de l’énergie produite par la filière. Les installations de méthanisation en injection sont celles qui se développent le plus en Bretagne : 71 % des capacités additionnelles de méthaniseurs installées sur les 5 dernières années sont dues à leur développement, notamment en raison des orientations stratégiques par le niveau national (PPE 2).

La chaleur produite par les installations de méthanisation est obtenue par combustion du biogaz dans des chaudières. En 2023, 320 GWh ont ainsi été produit soit 26 % de la production des méthaniseurs bretons. Cette chaleur est principalement destinée à des usages agricoles (77 % de la chaleur produite), par exemple pour chauffer des bâtiments d’élevage, des séchoirs ou plus rarement des serres. Quelques installations de méthanisation permettent aussi d’alimenter un réseau de chaleur (4 % de la chaleur produite par la filière). 

Lorsque la méthanisation permet de produire de l'électricité, c'est grâce à une unité de cogénération, qui génère à la fois électricité et chaleur. En 2023, 260 GWh d'électricité (soit 20 % de la production énergétique des installations de méthanisation bretonnes) ont ainsi été injectés sur les réseaux électriques (gérés par Enedis et RTE). 

Production énergétique des méthaniseurs bretons
PCS ou PCI ?

Habituellement exprimée en GWh PCS, la production de biométhane est ici convertie en GWh PCI afin d’être comparable aux productions thermiques et électriques.

Le Pouvoir Calorifique Supérieur intègre l’énergie libérée par la condensation de l’eau (appelée chaleur latente de condensation) après la combustion tandis que le Pouvoir Calorifique Inférieur ne l’intègre pas (source : ADEME).

 

 

 

 

Le taux d'utilisation moyen des installations de méthanisation sur l'année 2023 (facteur de charge) était de 77 %, toutes énergies confondues.

 

La méthanisation repose sur l'exploitation de ressources variées

Les installations de méthanisation sont principalement installés au sein d'exploitations agricoles (64 % de la puissance installée). Mais 30 % des méthaniseurs sont des installations centralisées, portées par plusieurs types d'acteurs (non exclusivement agricoles) et intégrant parfois les collectivités locales. Les 6 % restants sont liés à des sites d'enfouissement de déchets, des sites industriels ou encore des stations d'épuration.

 

 

La majorité des intrants méthanisés sont des effluents d'élevage, c'est à dire du fumier ou du lisier (59 % des intrants). Les autres intrants majeurs sont des matières végétales agricoles : des cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE – 10 %), de l'ensilage de maïs (6 %) et des résidus de culture (3 %).

Mais ce sont les matières agricoles végétales qui produisent le plus d'énergie. Elles représentent en effet 40 % de la production d'énergie primaire des installations de méthanisation : 

  • 20 % d'ensilage de culture principale, maïs essentiellement,
  • 16 % de CIVE - cultures intermédiaires à vocation énergétique -,
  • et 4 % de résidus agricoles. 

Ces estimations sont obtenues par croisement des données du bilan DREAL avec les pouvoirs méthanogènes des différents types d'intrants (source : Solagro).

 

Une répartition géographique inégale

La méthanisation par injection est plus développée en Ille-et-Vilaine que dans les autres départements. Une des raisons est le réseau de gaz plus développé, qui y facilite le raccordement des installations de méthanisation.

 

carte installations de méthanisation bretagne

 

Aller plus avec des données spatiales et temporelles détaillées
Méthodologie

Lire la Méthodologie de traitement des données de production d'énergie et parc de production

Les données de production de biométhane, fournies en GWh PCS (pouvoir calorifique supérieur, intégrant l’énergie liée à la chaleur latente de condensation de l’eau), ont été converties en GWh PCI (pouvoir calorifique inférieur) afin de simplifier la lecture et de permettre des sommes entre les différents vecteurs (chaleur, électricité, biométhane). Le rapport utilisé est : énergie [PCS] = 1,1 * énergie [PCI] De même, les données de capacité d’injection, en Nm3/h, ont été converties en MW.

Les volumes de chaleur présentés correspondent à la chaleur produite. Pour les installations de méthanisation en cogénération, une partie significative de cette chaleur n’est pas valorisée. La quantité de chaleur perdue n’est actuellement pas estimée, faute de données disponibles. Les données d’intrants sont issues de la synthèse des bilans de fonctionnement des méthaniseurs bretons de la DREAL 2023. Elles couvrent 93 % du parc en puissance, une extrapolation à 100 % a été faite par l’OEB. 

 

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Aliette Lacroix
Cheffe du pôle climat & ressources | Cheffe de projet énergie - GES
Pôle climat & ressources
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Alejandro Zermeno Rodriguez
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Pôle climat & ressources
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