Dernière mise à jour le : 9 septembre 2020

Le plan de lutte contre la prolifération des algues vertes en Bretagne

Entré en vigueur à partir de 2011, le plan de lutte contre la prolifération des algues vertes fait le pari d’une dynamique collective pour réussir la transition agro-écologique en Bretagne et endiguer le phénomène des marées vertes. Philippe Mazenc, Secrétaire général pour les affaires régionales de la préfecture de la région Bretagne, fait le point sur ce plan de lutte.

Pourquoi un plan de lutte contre la prolifération des algues vertes ?

Depuis les années 1970, plusieurs baies en Bretagne connaissent des proliférations d’algues vertes qui provoquent des échouages massifs sur le bord de mer. Ces échouages ont des impacts sur l’environnement et l’économie. Ils représentent aussi un risque sanitaire lorsque les algues échouées s’accumulent et se décomposent.

L’État a lancé en 2010 le plan de lutte contre la prolifération des algues vertes, en partenariat avec la Région Bretagne, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, les départements et les collectivités des territoires les plus impactés. S’appuyant sur une dynamique collective, ce plan est mené en concertation avec les agriculteurs et les associations de protection de la nature, notamment Eau et Rivières de Bretagne. Le plan a pour objectifs (1) d’assurer la sécurité des personnes grâce au ramassage des algues échouées et à leur traitement, (2) d’améliorer la connaissance du phénomène et (3) de prévenir le développement excessif des algues, en réduisant les fuites d’azote vers les cours d’eau.

 

Que prévoit le plan concernant le ramassage des algues échouées ?

En cas d’échouages massifs, les algues sont ramassées sous 24 h, c’est-à-dire avant qu’elles ne se décomposent. Car, lors de la décomposition des algues échouées, c’est la formation de l’hydrogène sulfuré - un gaz toxique pour l’homme et les animaux - qui engendre un risque sanitaire. Les algues ramassées sont transformées en compost ou épandues directement sur des parcelles agricoles. Si le ramassage n’est pas possible, par exemple dans des secteurs difficiles d’accès, les zones concernées peuvent alors être interdites à la population.

 

Chaque année, 20 000 à 40 000 tonnes d’algues vertes sont collectées et gérées par les communes concernées par le plan de lutte contre la prolifération d’algues vertes.

 

Quelles sont les avancées scientifiques dans la compréhension des marées vertes en Bretagne ?

Grâce aux scientifiques, on sait que la réduction des flux de nitrate vers le littoral est le principal levier d’action pour lutter contre les proliférations d’algues vertes. Car l’azote est un élément nutritif indispensable à la croissance de ces algues. Mais comme les nitrates transitent par le sol et par les nappes souterraines avant de rejoindre les cours d’eau et le littoral, il faut entre 5 et 10 ans [1] pour que la réduction des fuites d’azote à la source produise des effets sur les flux de nitrates vers le littoral.

Les marées vertes se produisent dans des baies fermées, peu profondes et peu exposées à la houle. Par ailleurs, les conditions météorologiques (ensoleillement, tempêtes hivernales) jouent également un rôle important dans la manifestation du phénomène. Selon les années, ces conditions peuvent contribuer à accentuer la précocité et l’ampleur des proliférations (comme en 2017 et 2019) ou au contraire les limiter (2018), complexifiant l’évaluation de l’évolution à long terme des échouages. L’impact du changement climatique sur les marées vertes fait d’ailleurs désormais partie des sujets que les scientifiques cherchent à intégrer dans la modélisation du phénomène des marées vertes.

Qui est concerné par ce plan ?

Le plan concerne huit baies, jugées prioritaires et, bien sûr, les territoires situés en amont dont les cours d’eau et les nappes souterraines aboutissent aux masses d’eau littorales où ont lieu les proliférations :

  • la baie de la Fresnaye,
  • la baie de Saint-Brieuc,
  • la baie de Lieue de Grève,
  • l’anse du Douron,
  • l’anse de l’Horn-Guillec,
  • l’anse du Quillimadec-Alanan,
  • la baie de Douarnenez,
  • la baie de la Forêt.

 

 

 

Chaque territoire est singulier de telle sorte que chaque plan de lutte se décline en actions spécifiques au sein de projets de territoire impliquant les agriculteurs et les acteurs locaux afin de limiter les fuites d’azote. De nombreuses actions sont menées pour améliorer la qualité de l’eau : couverture des sols et rotation des cultures, fertilisation équilibrée des cultures, augmentation des surfaces en herbe, incitation à la conversion vers des systèmes et pratiques agricoles présentant moins de risques de fuite de nitrates, actions sur le foncier, sur la préservation et la restauration du paysage afin d’améliorer son action dénitrifiante naturelle, par exemple en restaurant des cours d’eau et des zones humides, le maillage bocager, etc.

 

Quels sont les résultats obtenus ?

Nous suivons plusieurs types d’indicateurs pour comprendre l’évolution des proliférations et les résultats des actions menées dans le cadre du plan. En particulier, nous surveillons l’évolution des surfaces couvertes par les échouages d’algues vertes depuis 2007 ainsi que la qualité de l’eau vis-à-vis des nitrates par rapport aux objectifs à atteindre d’ici 2027.

 

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La grande disparité des situations dans les huit baies montre que la question des marées vertes doit s’envisager à l’échelle locale et non régionale. Le premier constat est que la qualité de l’eau vis-à-vis des nitrates s’améliore dans toutes les baies, certaines d’entre elles ayant déjà dépassé la moitié du chemin à parcourir pour atteindre leur objectif 2027. Le deuxième constat est que, malgré cette baisse générale des flux d’azote, les échouages d’algues vertes sont très variables d’une année sur l’autre et pour de nombreuses baies, il n’y a pas de tendance nette continue, que ce soit à la baisse ou à la hausse. Les raisons en sont multiples : importance du stock d’algues présent dans les baies à la fin de l’automne ; plus ou moins grande dispersion de ces stocks par les tempêtes hivernales ; luminosité de l’hiver et du printemps ; température de l’eau en fin d’hiver, etc.

Ces éléments montrent qu’il est important de continuer à progresser dans la compréhension scientifique du contexte local des secteurs touchés par les algues vertes.

 

Mieux comprendre

Toutes les informations sur le plan de lutte contre les proliférations d'algues vertes en Bretagne sur www.algues-vertes.com.

 

Accéder aux données

 

Qui contacter ?

Préfecture  de la région Bretagne, Bureau de la communication interministérielle, zonale, régionale et départementale : pref-communication35 [at] ille-et-vilaine.gouv.fr (courriel)

 

Auteurs : Emmanuèle Savelli (OEB)
Collaborateurs : Philippe Mazenc (SGAR35)
Organisme Associé
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