Dernière mise à jour le : 11 juin 2019

Cyanobactéries dans les zones de baignade en eau douce en Bretagne : analyse du suivi sanitaire

Les cyanobactéries sont des microalgues qui peuvent se multiplier massivement quand les conditions environnementales leurs sont favorables. Au-delà de la température ou de la luminosité, l’abondance en nutriments présents dans l’eau et les sédiments, et en particulier en phosphore, apparait comme l’un des principaux facteurs de développement. Leur prolifération, qui est favorisée dans les milieux envasés (stock nutritif abondant) et/ou confinés (faible renouvellement de l’eau), est donc bien souvent corrélée au phénomène d’eutrophisation des milieux aquatiques.

Les proliférations - autrement appelées efflorescences ou bloom en anglais - parfois très visibles peuvent entrainer une coloration homogène vert intense de toute la colonne d’eau ou conduire à l’apparition à la surface de l’eau d’une fine pellicule verte appelée fleur d’eau pouvant s’étendre sur la totalité d’un plan d’eau ou s’accumuler près des berges, à l’abri du vent.
Le principal risque sanitaire lié aux proliférations de cyanobactéries réside dans la capacité de certaines espèces à produire des toxines pouvant provoquer des troubles de santé chez l’homme et les animaux. Les troubles observés sont fonction des concentrations de toxines présentes et des conditions d’expositions (baignade, activité nautique…).
Afin de prévenir et de gérer ce risque dans les eaux de baignade, l’Agence régionale de santé (ARS) Bretagne a mis en place depuis 2004, une surveillance des cyanobactéries complémentaire au contrôle de la qualité microbiologique des eaux de baignade réglementé par la directive 2006/7/CE.

 

Cette data visualisation permet d’accéder, de manière interactive, aux données relatives aux suivis sanitaire des cyanobactéries dans les zones de baignade. Sur la carte, des zones cliquables permettent d'affiner les résultats pour chaque site de baignade suivi. Des informations complémentaires (infobulle) sont également disponibles par survol des différents éléments graphiques avec la souris.

 

Contexte et règlementation

Le contrôle de la qualité des eaux de baignade est réglementé par la directive européenne 2006/7/CE. Il est mis en œuvre chaque année entre début juin et mi-septembre sur les sites de baignade déclarés par les communes à l’ARS Bretagne. Il consiste à évaluer la qualité microbiologique de l’eau au travers du suivi des 2 indicateurs de contamination fécale réglementés (Escherichia coli et entérocoques intestinaux).
La surveillance des paramètres du phytoplancton n’est pas spécifiquement réglementée par le droit communautaire. Cependant, compte tenu des risques sanitaires liés aux espèces rattachées au groupe des cyanobactéries, une surveillance sanitaire est mise en œuvre par les ARS sur la base des instructions établies par le ministère chargé de la santé. Ainsi une surveillance des cyanobactéries complémentaire au contrôle de la qualité microbiologique des eaux de baignade a été mise en place par l’ARS Bretagne depuis 2004.
L’ensemble des analyses sont réalisées par des laboratoires agréés par le ministère chargé de la santé. Les collectivités ont la responsabilité d’afficher sur site les résultats du suivi de la qualité des eaux.

Le protocole de suivi

Paramètres de la surveillance

Les mesures de surveillance et de gestion des risques sanitaires reposent sur deux indicateurs :

  • la quantité de cellules de cyanobactéries : une numération cellulaire globale (dénombrement) du phytoplancton assortie d’une identification taxonomique permettent de caractériser la composition de la flore phytoplanctonique et la représentativité des différents genres et espèces présents, et en particulier ceux rattachés au groupe des cyanobactéries. L’importance du bloom de cyanobactéries est appréciée autour de 2 valeurs seuils : 20 000 et 100 000 cellules/mL.

  • la quantité de toxines : le dosage des toxines est réalisé pour indiquer leur présence et, le cas échéant, leur quantité. Depuis 2017, un socle minimum de 6 toxines est recherché en Bretagne : les microcystines (3 variants), l’anatoxine a, la cylindrospermopsine et la saxitoxine. Le niveau de risque est actuellement apprécié au regard des deux valeurs sanitaires de référence existantes (13 µg/L pour la somme des microcystines et 40 µg/L pour l’anatoxine a).

La stratégie de surveillance adoptée est la suivante :

Résultat des numérations cellulaires Stratégie de surveillance
Résultats de dénombrements < 20 000 cellules/mL en flore totale  Surveillance bimensuelle : dénombrement et identification taxonomique
Résultats de dénombrements > 20 000 cellules/mL en flore totale   Surveillance hebdomadaire : dénombrement et identification taxonomique
Résultats de dénombrements > 100 000 cellules/mL en flore totale  Surveillance hebdomadaire : dénombrement, identification taxonomique et dosage des toxines lors du premier dépassement à minima

 

Mesures de gestion

Les résultats des deux indicateurs de suivi conditionnent les mesures de gestion applicables basées sur les recommandations de l’agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) de 2006. Ces mesures portent notamment sur des limitations ou interdictions de la baignade, des activités nautiques et de la consommation de poissons par les pêcheurs de loisir.
Certaines situations particulières conduisent à interdire tous les usages récréatifs sans attendre les résultats des dénombrements de cyanobactéries et de la recherche de cyanotoxines. C’est le cas spécialement des situations de fortes proliférations de cyanobactéries caractérisées par la présence de mousses ou d’écumes sur site ou, plus rarement, des situations de mortalité animale suspecte dans les rivières ou plans d’eau concernés par des proliférations de cyanobactéries.
Les modalités de gestion sanitaire adoptées en 2018 sont rappelées dans le tableau ci-dessous :

Résultat des numérations cellulaires Mesures de gestion
Résultats de dénombrements < 100 000 cellules/mL en flore totale Maintien de l’ensemble des usages
Résultats de dénombrements > 100 000 cellules/mL en flore totale

Interdiction temporaire de la baignade et de la consommation du poisson quel que soit le résultat du dosage des toxines

En présence de toxines :

  • Si somme des microcystines < 13 µg/l et anatoxine a < 40 µg/l : pas de restrictions particulières des activités nautiques
  • Si somme des microcystines > 13 µg/l ou anatoxine a > 40 µg/l : interdiction des activités nautiques pouvant occasionner un contact prolongé avec l’eau
Situations d’écumes et mousses  Interdiction préventive de tous les usages récréatifs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les risques sanitaires liés aux toxines

Il existe de nombreuses molécules de toxines nocives pour l’homme, elles sont regroupées dans trois grandes catégories dépendantes de leur mode d’action et de l’organe cible : les hépatotoxines, les neurotoxines et les dermatotoxines. Les principaux symptômes observés après ingestion ou contact d’une eau contaminée peuvent être :

  • digestifs (maux de ventre, nausées, vomissements, diarrhées…) ;
  • neurologiques (étourdissements, maux de tête, malaise, fièvre, ou atteinte neurologique) ;
  • cutanés (démangeaisons, irritations, rougeurs…).

Une même toxine peut être produite par des espèces différentes et une même espèce peut produire des toxines différentes. De plus, la quantité de toxine produite est très variable au sein d’une espèce et dépend des conditions environnementales.

 

Source et traitements des données

Export des données

Les données traitées dans la data visualisation proviennent d’un export réalisé par l’ARS Bretagne depuis la base de données Sise-Eaux de baignade, sur les 4 départements bretons. L’extraction porte sur les résultats des dénombrements des cyanobactéries et des éventuelles recherches de toxines pour chaque site de baignade en eau douce suivi durant la saison estivale 2018.


Traitements des données

  •  Dénombrement = le nombre de cellules de cyanobactéries par millilitre sur un échantillon

  • Nombres de jours cumulés pendant lesquels les dénombrements en cyanobactéries sont supérieurs au seuil de 100 000 cellules/mL = le nombre de jours entre 2 prélèvements. Si le dernier prélèvement de septembre présente un dénombrement en cyanobactéries > 100 000 cellules/mL, le nombre de jours retenu est la différence entre la date du dernier prélèvement et la fin de période de suivi (14/09).

     

 

 

Auteurs : Elodie Bardon (OEB)
Organisme Associé

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