Dernière mise à jour le : 29 juin 2022

Suivi sanitaire des cyanobactéries dans les zones de baignade en eau douce en Bretagne : résultats des dénombrements cellulaires et des recherches de toxines par site

Cette datavisualisation permet d’accéder aux données relatives aux suivis sanitaire des cyanobactéries dans les zones de baignade réalisé par l’Agence régionale de santé (ARS) Bretagne. Sur la carte, des zones cliquables permettent d'affiner les résultats (dénombrement des cyanobactéries et recherche éventuelle de toxine) pour chaque site de baignade suivi. Des informations complémentaires (infobulle) sont également disponibles par survol des différents éléments graphiques avec la souris.

Contexte et règlementation

Le contrôle de la qualité des eaux de baignade est réglementé par la directive européenne 2006/7/CE. Il est mis en œuvre chaque année entre début juin et mi-septembre sur les sites de baignade déclarés par les communes à l’ARS Bretagne. Il consiste à évaluer la qualité microbiologique de l’eau au travers du suivi des 2 indicateurs de contamination fécale réglementés (Escherichia coli et entérocoques intestinaux).
Le suivi du phytoplancton n’est pas spécifiquement réglementé par le droit communautaire. Cependant, compte tenu des risques sanitaires liés à la capacité de certaines espèces du groupe des cyanobactéries à synthétiser et libérer des toxines, une surveillance sanitaire est mise en œuvre par les ARS sur la base des instructions établies par le ministère chargé de la santé. Ainsi, un suivi des cyanobactéries complémentaire au contrôle de la qualité microbiologique des eaux de baignade a été mis en place par l’ARS Bretagne depuis 2004.
L’ensemble des analyses est réalisé par des laboratoires agréés par le ministère chargé de la santé. Les collectivités sont responsables de l’affichage sur site des résultats du suivi de la qualité des eaux et, le cas échéant, de la mise en œuvre les mesures de gestion adaptées en cas de mauvais résultats.

Le protocole de suivi

Paramètres du suivi

Historiquement basé sur le dénombrement global des cyanobactéries exprimé en cellules par ml, le suivi a évolué en 2021 en application d’une nouvelle instruction du ministère chargé de la santé se voulant mieux adaptée au risque sanitaire.

Dorénavant les modalités de suivi et de gestion des risques sanitaires reposent sur trois indicateurs :

  • La concentration en chlorophylle a : la recherche de la chlorophylle a permet d’estimer la biomasse phytoplanctonique et peut alerter sur un début de prolifération des cyanobactéries. Ainsi, le dépassement de la valeur seuil de 10 µg/L enclenche le passage en vigilance nécessitant l’identification des cyanobactéries. Si le site de baignade est connu pour présenter des proliférations régulières depuis plusieurs années et que ce seuil de 10 µg/L est dépassé dès le premier prélèvement, la recherche de la chlorophylle a peut être suspendue pour le reste de la saison au profit du suivi des cyanobactéries directement. En 2021, compte tenu de l’impossibilité des laboratoires chargés du contrôle sanitaire de mettre en place le suivi de ce paramètre rapidement, il n’a pas été recherché.
  • l’abondance des genres de cyanobactéries potentiellement toxinogènes : la composition de la flore phytoplanctonique en genres et espèces, et en particulier ceux rattachés au groupe des cyanobactéries, est déterminée par observation d’un échantillon d’eau au microscope. Si des genres de cyanobactéries potentiellement toxinogènes sont observés (liste définie par l’agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES)), le dénombrement cellulaire est réalisé et les résultats sont désormais exprimés en biovolume (mm3/L), pour tenir compte de la diversité de taille de cellules entre les différents genres, certaines étant bien plus volumineuses que d’autres. Un seuil sanitaire de 1 mm3/ L en biovolume est fixé pour les cyanobactéries potentiellement toxinogènes. La principale évolution du suivi réside donc dans le basculement d’un indicateur de quantités cellulaires vers indicateur de biomasse.
  • la concentration en toxines : le dosage des toxines est réalisé dès dépassement du seuil sanitaire de 1 mm3/L ou en cas d’observation visuelle de proliférations massives pour vérifier leur absence ou, le cas échéant, leur concentration. Depuis 2017, un socle minimum de 4 familles de toxines est recherché en Bretagne : les microcystines (3 variants), l’anatoxine a, la cylindrospermopsine et la saxitoxine.

Le niveau de risque est apprécié au regard des quatre valeurs guides, définies par l’ANSES en 2020, présentées ci-dessous :

Toxines

Microcystines

Anatoxine

Cylindro-spermopsine

Saxitoxine

Seuils (en µg/L)

0,3

Limite de détection

42

30

 

 

La stratégie de suivi adoptée est la suivante :

ETAPES

STRATEGIE DE SUIVI

1 - Recherche de la chlorophylle a

Si [Chlorophylle a] 10 µg/L Æ maintien du suivi bimensuel de la chlorophylle a

Si [Chlorophylle a] > 10 µg/L Æ Passage en Vigilance (= étape 2)

2 - Identification des cyanobactéries toxinogènes et dénombrement

Si Absence Æ Suivi bimensuel

Si Présence Æ Quantification des genres toxinogènes et suivi hebdomadaire

3 - Recherche des toxines

Uniquement si biovolume en cyanobactéries toxinogènes > 1mm3/L

 

Le suivi est réalisé durant la période estivale du 15 juin au 15 septembre. Un premier prélèvement dit « avant-saison » est réalisé 10 à 20 jours avant le début de la saison.

Mesures de gestion

Les résultats des concentrations en toxines conditionnent les mesures de gestion applicables, notamment les mesures de limitation ou d’interdiction de la baignade, des activités nautiques et de la consommation de poissons par les pêcheurs de loisir.

Certaines situations particulières conduisent à interdire tous les usages récréatifs sans attendre les résultats des dénombrements de cyanobactéries et de la recherche de cyanotoxines. C’est le cas spécialement des situations de fortes proliférations de cyanobactéries caractérisées par la présence de mousses ou d’écumes sur site ou, plus rarement, des situations de mortalité animale suspecte dans les rivières ou plans d’eau concernés par des proliférations de cyanobactéries.

Les modalités de gestion sanitaire adoptées en 2021 sont présentées ci-dessous :

Résultat de la recherche

en genres toxinogène

Niveau d’alerte

Gestion sanitaire

Absence ou présence

de genres toxinogènes ≤ 1mm3/L

Pas d’alerte

„ Maintien d’une activité normale

Présence de genres toxinogènes > 1mm3/L avec concentrations en toxines ≤ valeurs guides

ALERTE 1

„ Maintien d’une activité normale

„ Information du public

Présence de genres toxinogènes > 1mm3/L avec concentrations en toxines > valeurs guides pour au moins une famille)

ou

Prolifération massive et/ou mortalité animale

 

ALERTE 2

 

„ Interdiction de la baignade

„ Restrictions des activités nautiques avec risque de chute ou contact important (paddle, planche à voile, ski nautique, embarcations de voile instables…)

„ Recommandations de non-consommation de poissons

„ Information du public

 

Les risques sanitaires liés aux toxines

Le principal risque sanitaire réside dans la capacité qu’ont certaines espèces de cyanobactéries à produire des toxines pouvant provoquer des troubles de santé chez l’homme et les animaux. Les troubles observés sont fonction de la nature et des concentrations de toxines présentes et des conditions et durées d’exposition (baignade, activité nautique…).

Il existe de nombreuses molécules de toxines nocives pour l’homme, elles sont regroupées dans trois grandes catégories dépendantes de leur mode d’action et de l’organe cible : les hépatotoxines, les neurotoxines et les dermatotoxines. Les principaux symptômes observés après ingestion ou contact d’une eau contaminée peuvent être :

  • digestifs (maux de ventre, nausées, vomissements, diarrhées…) ;

  • neurologiques (étourdissements, maux de tête, malaise, fièvre, ou atteinte neurologique) ;

  • cutanés (démangeaisons, irritations, rougeurs…).

Une même toxine peut être produite par des espèces différentes et une même espèce peut produire différentes toxines. La quantité de toxine produite est très variable au sein d’une espèce et dépend des conditions environnementales. De plus, il s’avère que les effets ne se limitent pas toujours à une seule fonction physiologique.

L’ANSES définit les concentrations maximales tolérables en toxines dans les eaux de baignades, appelées aussi valeurs guides. Elles sont établies à partir des données de toxicité disponibles et des modes d’expositions. Sur la base des effets rapportés dans la littérature, de nouvelles valeurs guides ont été définies en 2020 pour 4 grandes familles de toxines.

Ainsi, pour les microcystines la valeur guide existante est réduite de 13 à 0,3 µg/L du fait d’effets observés sur l’appareil reproducteur mâle pour une exposition répétée dans le temps dite subchronique (15 à 30 jours).

Pour l’anatoxine, la valeur guide, initialement fixée à 40 µg/L est supprimée. Désormais, cette toxine doit être indétectable du fait d’effets neurotoxiques à action rapide (paralysie des muscles et du système respiratoire) observés dans des épisodes de mortalité d’animaux.

Deux nouvelles valeurs guides sont définies, l’une pour la cylindrospermopsine à 42 µg/L et l’autre pour la saxitoxine à 30 µg/L.

Source et traitements des données

Export des données

Les données traitées dans la datavisualisation proviennent d’un export réalisé par l’ARS Bretagne depuis la base de données Sise-Eaux de baignade, sur les 4 départements bretons. L’extraction porte sur les résultats des dénombrements des cyanobactéries toxinogènes et des éventuelles recherches de toxines pour chaque site de baignade en eau douce suivi durant la saison estivale 2021.


Traitements des données

  • Dénombrement = abondance en cyanobactéries toxinogènes exprimée en biovolume (mm3/L). Le biovolume est obtenu en multipliant, pour chaque genre de cyanobactéries toxinogènes identifié, le nombre de cellule comptabilisées dans 1 ml par son biovolume standard en µm3.

  • Nombres de jours cumulés avec des dénombrements en cyanobactéries toxinogènes supérieurs au seuil de 1 mm3/L = le nombre de jours entre 2 prélèvements. Si le dernier prélèvement de septembre présente un dénombrement en biovolume > 1 mm3/L, le nombre de jours retenu est la différence entre la date du dernier prélèvement et la fin de période de suivi (15/09).

 

Auteurs : Timothée Besse (OEB), Elodie Bardon (OEB)
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