Le plan de lutte contre la prolifération des algues vertes en Bretagne

Par Emmanuèle Savelli (OEB) Timothée Besse (OEB Elodie Bardon (OEB)
en collaboration avec Fabrice Roth (SGAR MIRE) Maïwenn Berrou (SGAR MIRE)
Mise à jour : 27 juin 2024
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eau
mer et littoral
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agriculture
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Les données sur l'eau en Bretagne

Entré en vigueur à partir de 2011, le plan de lutte contre la prolifération des algues vertes fait le pari d’une dynamique collective pour réussir la transition agro-écologique en Bretagne et endiguer le phénomène des marées vertes.

Pourquoi un plan de lutte contre la prolifération des algues vertes ?

Depuis les années 1970, plusieurs baies en Bretagne connaissent des proliférations d’algues vertes qui provoquent des échouages massifs sur le bord de mer. Ces échouages ont des impacts sur l’environnement et l’économie. Ils représentent aussi un risque sanitaire lorsque les algues échouées s’accumulent et se décomposent.

L’État a lancé en 2010 le plan de lutte contre la prolifération des algues vertes, en partenariat avec la Région Bretagne, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, les départements et les collectivités des territoires les plus impactés. S’appuyant sur une dynamique collective, ce plan est mené en concertation avec les agriculteurs et les associations de protection de la nature, notamment Eau et Rivières de Bretagne. Le plan a pour objectifs (1) d’assurer la sécurité des personnes grâce au ramassage des algues échouées et à leur traitement, (2) d’améliorer la connaissance du phénomène et (3) de prévenir le développement excessif des algues, en réduisant les fuites d’azote vers les cours d’eau.

Que prévoit le plan concernant le ramassage des algues échouées ?

En cas d’échouages massifs, les algues sont ramassées sous 24 h, c’est-à-dire avant qu’elles ne se décomposent. Car, lors de la décomposition des algues échouées, c’est la formation de l’hydrogène sulfuré - un gaz toxique pour l’homme et les animaux - qui engendre un risque sanitaire. Les algues ramassées sont transformées en compost ou épandues directement sur des parcelles agricoles. Si le ramassage n’est pas possible, par exemple dans des secteurs difficiles d’accès, les zones concernées peuvent alors être interdites à la population.

 

Chaque année, 20 000 à 40 000 tonnes d’algues vertes sont collectées et gérées par les communes concernées par le plan de lutte contre la prolifération d’algues vertes.

 

Quelles sont les avancées scientifiques dans la compréhension des marées vertes en Bretagne ?

Grâce aux scientifiques, on sait que la réduction des flux de nitrate vers le littoral est le principal levier d’action pour lutter contre les proliférations d’algues vertes. Car l’azote est un élément nutritif indispensable à la croissance de ces algues. Mais comme les nitrates transitent par le sol et par les nappes souterraines avant de rejoindre les cours d’eau et le littoral, il faut entre 5 et 10 ans [1] pour que la réduction des fuites d’azote à la source produise des effets sur les flux de nitrates vers le littoral.

Les marées vertes se produisent dans des baies fermées, peu profondes et peu exposées à la houle. Par ailleurs, les conditions météorologiques (ensoleillement, tempêtes hivernales) jouent également un rôle important dans la manifestation du phénomène. Selon les années, ces conditions peuvent contribuer à accentuer la précocité et l’ampleur des proliférations (comme en 2017 et 2019) ou au contraire les limiter (2018), complexifiant l’évaluation de l’évolution à long terme des échouages. L’impact du changement climatique sur les marées vertes fait d’ailleurs désormais partie des sujets que les scientifiques cherchent à intégrer dans la modélisation du phénomène des marées vertes.

Qui est concerné par ce plan ?

Le plan concerne huit baies, jugées prioritaires et, bien sûr, les territoires situés en amont dont les cours d’eau et les nappes souterraines aboutissent aux masses d’eau littorales où ont lieu les proliférations :

  • la baie de la Fresnaye,
  • la baie de Saint-Brieuc,
  • la baie de Lieue de Grève,
  • l’anse du Douron,
  • l’anse de l’Horn-Guillec,
  • l’anse du Quillimadec-Alanan,
  • la baie de Douarnenez,
  • la baie de la Forêt.

Chaque territoire est singulier de telle sorte que chaque plan de lutte se décline en actions spécifiques au sein de projets de territoire impliquant les agriculteurs et les acteurs locaux afin de limiter les fuites d’azote. De nombreuses actions sont menées pour améliorer la qualité de l’eau : couverture des sols et rotation des cultures, fertilisation équilibrée des cultures, augmentation des surfaces en herbe, incitation à la conversion vers des systèmes et pratiques agricoles présentant moins de risques de fuite de nitrates, actions sur le foncier, sur la préservation et la restauration du paysage afin d’améliorer son action dénitrifiante naturelle, par exemple en restaurant des cours d’eau et des zones humides, le maillage bocager, etc.

 

Quels sont les résultats obtenus ?

Le suivi du PLAV repose sur des indicateurs simples et mesurables, permettant de suivre l’avancée du plan pour ce qui touche à l’amélioration de la qualité de l’eau et à la réduction des échouages d’algues vertes, mais également des éléments de contexte qui pour-raient avoir une influence sur les résultats. Ils per-mettent enfin de croiser les résultats de politiques publiques transversales pouvant avoir un lien avec les objectifs du PLAV. Ces indicateurs ont été construits à partir de ceux que chaque territoire a mis en place pour le suivi de ses propres actions, et validés par le comité de pilotage du PLAV.

  • Une première série d’indicateurs permet de suivre l’atteinte des objectifs du PLAV en matière de réduction du phénomène de prolifération des algues vertes, et d’amélioration continue de la qualité de l’eau.
     
  • Une deuxième série d’indicateurs permet de suivre l’évolution d'un certain nombre de systèmes et de pratiques agricoles sur les territoires.
     
  • Une troisième série d’indicateurs permet de suivre l’influence du PLAV dans les différentes dynamiques de contractualisation à l’échelle des baies, ainsi que l’atteinte des objectifs du PLAV en matière de sécurisation des personnes au travers des ramassages d’algues échouées sur le littoral.

Tableau de bord de suivi du PLAV

La grande disparité des situations dans les huit baies montre que la question des marées vertes doit s’envisager à l’échelle locale et non régionale. Le premier constat est que la qualité de l’eau vis-à-vis des nitrates s’améliore dans toutes les baies, certaines d’entre elles ayant déjà dépassé la moitié du chemin à parcourir pour atteindre leur objectif 2027. Le deuxième constat est que, malgré cette baisse générale des flux d’azote, les échouages d’algues vertes sont très variables d’une année sur l’autre et pour de nombreuses baies, il n’y a pas de tendance nette continue, que ce soit à la baisse ou à la hausse. Les raisons en sont multiples : importance du stock d’algues présent dans les baies à la fin de l’automne ; plus ou moins grande dispersion de ces stocks par les tempêtes hivernales ; luminosité de l’hiver et du printemps ; température de l’eau en fin d’hiver, etc.

Ces éléments montrent qu’il est important de continuer à progresser dans la compréhension scientifique du contexte local des secteurs touchés par les algues vertes.

 

Mieux comprendre

Toutes les informations sur le plan de lutte contre les proliférations d'algues vertes en Bretagne sur www.algues-vertes.com.

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photo Timothee
Timothée Besse
Chef de projet Eau
Pôle nature & paysages
02 99 35 96 97