Dernière mise à jour le : 22 octobre 2020

Pesticides dans les cours d'eau bretons : analyse des impacts écologique et sanitaire depuis 1995

Les usages des pesticides induisent une contamination de tout l'environnement (air, eau sol), avec des mécanismes de dispersion complexes et des impacts sur la santé et les milieux. Une fois dispersés dans l’environnement, les pesticides peuvent affecter d’autres espèces que celles visées par les traitements et venir altérer la qualité des eaux et des milieux aquatiques, posant des problèmes notamment pour la production d’eau potable et la vie aquatique. Les pesticides font l'objet de suivis dans les cours d'eau en Bretagne afin d'évaluer la situation en matière de respect des limites règlementaires sanitaires (eau brute et eau distribuée) ou d'impact écologique (respect des NQE ou des PNEC).

Cette datavisualisation propose une analyse interactive des données relatives aux suivis des pesticides en eau de surface, aux échelles géographiques pertinentes. Différentes synthèses sont proposées :

  • une analyse de l'impact sanitaire des pesticides mesurés dans les cours d'eau bretons
  • une analyse de l'impact écologique des pesticides mesurés dans les cours d'eau bretons en lien avec la DCE (substances avec NQE)
  • une analyse de l'impact écologique des pesticides mesurés dans les cours d'eau bretons (substances avec PNEC)

Les différents éléments graphiques proposent des informations complémentaires lors de survol avec la souris (info bulle) ou des zones cliquables qui permettent d'affiner les résultats proposés.

 

 

Généralités

Le terme « pesticide » désigne une variété de substances actives, seules ou en mélange, naturelles ou de synthèse, agissant sur des organismes vivants (insectes, vertébrés, vers, plantes, champignons, bactéries) pour les éliminer ou les tuer, les contrôler ou les repousser, autrement que par action mécanique ou physique. Les pesticides  regroupent les produits biocides, à usages domestiques ou industriels, et les produits phytosanitaires (ou phytopharmaceutiques), à usages agricoles (protection des cultures) ou non agricoles (entretien des voieries, chemins de fer, espaces verts et jardins privatifs, etc.).
Les usages des pesticides, qu'ils soient professionnels ou domestiques, induisent une contamination de tout l'environnement (air, eau sol), avec des mécanismes de dispersion complexes et des impacts sur la santé et les milieux. Une fois dispersés dans l’environnement, les pesticides peuvent affecter d’autres espèces que celles visées par les traitements et venir altérer la qualité des eaux et des milieux aquatiques, posant des problèmes notamment pour la production d’eau potable et la vie aquatique.


Concernant les objectifs de santé publique, le code de la santé publique (CSP) édicte les dispositions réglementaires en matière d’eau potable, en application des directives européennes 98/83/CE et 75/440/CEE. Les limites de qualité pour les eaux brutes destinées à l’eau potable sont fixées à un maximum de 2 μg/l par substance d’origine, et de 5 μg/l pour la somme des différentes substances présentes simultanément dans l’eau. Pour les eaux distribuées, ces valeurs ne doivent pas dépasser un maximum de 0,1 μg/l par substance et de 0,5 μg/l au total. Au-delà de ces valeurs, l’eau brute ne peut pas être utilisée pour produire de l’eau potable, sauf autorisation exceptionnelle délivrée par le préfet après avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF).


La notion de risque environnemental dépend de la dangerosité d’une substance active (sa toxicité) et de l'exposition des milieux naturels à cette substance. Une substance très toxique mais disponible en faible quantité dans le milieu présente un risque environnemental faible, et inversement. Le risque est donc évalué selon norme qui témoigne du rapport toxicité/exposition. Plus une norme est faible, plus son impact sur les organismes aquatiques est fort.
L'évaluation de l’état chimique dans l’état écologique, concerne en Bretagne 39 substances actives dites polluants spécifiques de l’état écologique (PSEE) de la DCE (liste fournie en Annexe VIII de la DCE). Afin de prévenir et réduire la pollution des eaux, les concentrations de chaque substance active détectée dans le milieu sont comparées à une norme de qualité environnementale (NQE). La NQE est définie comme la « concentration d’un polluant ou d'un groupe de polluants dans l'eau, les sédiments ou le biote qui ne doit pas être dépassée, afin de protéger la santé humaine et l'environnement ».
Deux types de valeur seuil sont déterminés pour les organismes aquatiques :  
la NQE MA - concentration moyenne annuelle - destinée à protéger les organismes d’une possible exposition prolongée à une substance ;
la NQE CMA - concentration maximale acceptable - destinée à protéger les organismes contre de possibles effets dus à des fortes concentrations de courtes durées.

Utiliser les 39 polluants spécifiques de l’état écologique (PSEE) est une approche partielle de la nocivité des substances actives utilisées. Un traitement complémentaire avec les concentrations sans effet prévisible dite PNEC (Predicted No Effect Concentration) sur un panel plus large de substances actives permet d’avoir une vision plus exhaustive du potentiel écotoxique des substances retrouvées dans les cours d’eau bretons. La PNEC est la concentration en deçà de laquelle une substance est considérée comme sans risque pour l’environnement et pour les populations qui y vivent. Elle est évaluée à partir des résultats de tests de toxicité (aiguë et chronique) menés en laboratoire sur des espèces représentatives.

 

Analyse des données

Source de données

Les données traitées proviennent de :

  • AFB :  export de la base de données Naiades (via Hub'eau), plateforme d’accès aux données brutes sur la qualité des eaux de surface ;
  • DREAL : export de la BD Lyxea / BEA (suivis qualité complémentaires effectués dans le cadre des contrats de territoire) et de la BD CORPEP ;
  • AELB : export de la base de données OSUR, plateforme d’accès aux données brutes de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne ;

Les exports sont réalisés sur l’ensemble des données disponibles depuis 01/01/2000, tous dispositifs de collecte confondus. Le traitement des doublons de bancarisation est géré par l’OEB.
L'intégralité de l'historique des données est reprise à chaque mise à jour, afin que les résultats proposés dans les tableaux de bord intègrent les corrections apportées par les producteurs dans la base de données. Des évolutions dans l'historique des résultats sont donc possibles d'une année sur l'autre. La liste des substances actives retenues pour les analyses ainsi que leur caractérisation est disponible sur le site de l'OEB (ici)

 

Impacts sanitaires - Dépassement des seuils fixés pour l’AEP

Seules les analyses quantifiées (dont le résultat est supérieur au seuil de quantification- Remarque analyse 1) sont prises en compte pour le calcul du respect des limites règlementaires sanitaires.

  • Seuils de restitution par station :
    • Rouge - Dépassement des seuils 2 μg/l (max) et/ou 5 μg/l (somme)
      • Concentration > 2 μg/l au moins une fois dans l'année toutes substances confondues
      • Et/ou somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) > 5 μg/l
    • Orange - Dépassement des seuils 0,1 μg/l (max) et/ou 0,5 μg/l (somme)
      • Concentration > 0,1 μg/l au moins une fois dans l'année toutes substances confondues
      • Et/ou somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) > 0,5 μg/l
    • Vert - Pas de dépassement
      • Concentration ≤ 0,1 μg/l toutes substances confondues
      • Et somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) ≤ 0,5 μg/l
  • Seuil de restitution des concentrations maximales par substance (par station):
    • Rouge - Concentration > 2 μg/l au moins une fois dans l'année
    • Orange - Concentration > 0,1 μg/l au moins une fois dans l'année
    • Vert - Concentration ≤ 0,1 μg/l
  • Seuil de restitution de la somme des concentrations de substances quantifiées simultanément dans l’eau (par prélèvement) :
    • Rouge - Somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) > 5 μg/l
    • Orange - Somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) > 0,5 μg/l
    • Vert - Somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) ≤ 0,5 μg/l

 

Impacts écologiques - Respect des NQE ou des PNEC

Pour ces traitements, les analyses bancarisées sous un code remarque anlayse 1 (Résultat > seuil de quantification et < au seuil de saturation), 7 (Traces < seuil de quantification et > seuil de détection) et 10 (Résultat < au seuil de quantification) sont considérées. Lorsque la limite de quantification n’est pas renseignée, elle est remplacée par :

  • le résultat pour l’analyse dont le code remarque est égal à 10 ou 7
  • et par 0 pour l’analyse dont le code remarque est égal à 1.

 

Respect des NQE

La méthode de calcul pour les dépassement de NQE reprend l’arbre de décision décrit dans le “Guide technique d’évaluation de l’état des eaux de surface continentales” Edition mars 2016, p. 34. Les traitements ne portent que sur les substances qui ont une NQE (MA ou CMA) individuelle (cf. liste ici). Le cas des familles de substances n’est pas traité ici.


Une substance ne respecte pas sa NQE quand la concentration mesurée est supérieure à la NQE MA et/ou la NQE CMA. Une substance est en respect de sa norme NQE quand la NQE MA et la NQE CMA sont respectées. L’état n’est pas connu si la NQE CMA est respectée mais qu’il n’est pas possible de se prononcer pour le respect de la NQE MA.
L’état d’un site est défini de la manière suivante :

  • lorsque l'une des NQE pour les substances détectées n'est pas respectée, la station est considérée comme étant en mauvais état ;
  • lorsque la totalité des NQE pour les substances détectées est respectée, la station est considérée comme étant en bon état ;
  • lorsque le respect des NQE n'a pu être déterminé pour l'ensemble des substances détectées, dans ce cas uniquement, l'état de la station est considéré comme étant inconnu.

Les modalités de rapportage fixées au niveau communautaire prévoient une famille « pesticide » qui regroupe treize paramètres. La France a choisi d’ajouter cinq paramètres pour l’évaluation de l’état écologique (polluants spécifiques synthétiques) avec des NQ-MA complémentaires en cours d’eau. Soit 39 substances pesticides en Bretagne (dont 18 herbicides, 12 insecticides, 4 fongicides et 1 molluscicide), dont 13 interdites d’usages en France (cf. liste ici).

 

Respect des PNEC

Les traitements ne portent que sur les 320 substances qui ont une PNEC individuelle (cf. liste ici). Par an, par station et par substance, la concentration moyenne annuelle est calculée par moyenne arithmétique des données. Sur chaque station, seules les substances présentant 4 analyses (>=4) dans l’année sont conservés. Les analyses non quantifiées (RQAnalyse<>1) sont remplacées par la moitié de la valeur de la limite de quantification. Par an, par station et par substance, le rapport à la PNEC est ensuite calculé comme suit : Rapport PNEC = [concentration sub X]/PNEC sub X

Une substance ne respecte pas sa PNEC quand la concentration moyenne calculée est supérieur à la PNEC.
L’état d’un site est défini de la manière suivante :

  • lorsque qu'au moins une substance dépasse la PNEC, la station est considérée comme étant en mauvais état ;
  • lorsque toutes les substances respectent leur PNEC, la station est considérée comme étant en bon état.

Aller plus loin : Pesticides dans les cours d'eau bretons : analyse de l'évolution annuelle depuis 1995

Aller plus loin : Indice invertébrés multimétrique (I2M2) : analyse de l'évolution de la qualité des cours d'eau bretons depuis 2007

Auteurs : Elodie Bardon
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