Dernière mise à jour le : 10 juin 2019

Pesticides dans les cours d'eau bretons : analyse de l'évolution annuelle depuis 1995

Les pesticides (ou produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques) font l'objet de suivis dans les cours d'eau en Bretagne en réponse à différents besoins : évaluation de l’état des masses d’eau de surface en application de la directive cadre sur l’eau (DCE), évolution du respect des limites règlementaires sanitaires (eau brute et eau distribuée) ou évaluation de l'impact écologique (respect des NQE).

Cette datavisualisation propose une analyse interactive des données relatives aux suivis des pesticides en eau de surface, aux échelles géographiques pertinentes. Différentes synthèses sont proposées :

  • une synthèse régionale toutes substances confondues par entité géographique (région, département, SAGE, Bassin versant et EPCI) ;
  • une synthèse par station,
  • une synthèse par substances et
  • le détail par station des dépassements des seuils fixés pour l'alimentation en eau potable (AEP) et 5/ une synthèse ralative au respect des normes de qualité environnementales (DCE).

Les différents éléments graphiques proposent des informations complémentaires lors de survol avec la souris (info bulle) ou des zones cliquables qui permettent d'affiner les résultats proposés.

 

 

Généralités

La plupart des pesticides sont des molécules organiques de synthèse dont les propriétés toxiques permettent de lutter contre les organismes (animal ou végétal) considérés comme nuisibles. Ils sont classés en 2 catégories de produits : les biocides (désinfectants, produits de protection et produits antiparasitaires dont les anti-moisissures, anti-salissures, les anti-fourmis, les anti-moustiques, etc.) et les produits phytosanitaires principalement utilisés en agriculture, mais aussi par les collectivités (entretien des voiries, jardins publics) et les particuliers en jardinage. D’un point de vue réglementaire, on distingue les produits utilisés principalement pour la protection des végétaux (que l’on appelle produits phytopharmaceutiques, ou plus communément, produits phytosanitaires – règlement (CE) 1107/2009), des autres produits que l’on appelle biocides (définis notamment dans la directive 98/8/CE). Concernant les résidus retrouvés dans les eaux, il s’agit du même paramètre « pesticides » qui inclut toutes les substances permettant de lutter contre les organismes considérés comme nuisibles (agriculture, entretien de voirie ou d’espace vert, usage collectif ou privatif).
Une fois dispersés dans l’environnement, les pesticides peuvent affecter d’autres espèces que celles visées par les traitements et venir altérer la qualité des eaux et des milieux aquatiques, posant des problèmes notamment pour la production d’eau potable et la vie aquatique.

Contexte réglementaire

Les dispositions réglementaires pour les pesticides ont un double objectif de santé publique et de maintien de la qualité des milieux (étude de l’écotoxicité).
Concernant les objectifs de santé publique, le code de la santé publique (CSP) édicte les dispositions réglementaires en matière d’eau potable, en application des directives européennes 98/83/CE et 75/440/CEE. Les limites de qualité pour les eaux brutes destinées à l’eau potable sont fixées à un maximum de 2 μg/l par substance d’origine, et de 5 μg/l pour la somme des différentes substances présentes simultanément dans l’eau. Pour les eaux distribuées, ces valeurs ne doivent pas dépasser un maximum de 0,1 μg/l par substance et de 0,5 μg/l au total. Au-delà de ces valeurs, l’eau brute ne peut pas être utilisée pour produire de l’eau potable, sauf autorisation exceptionnelle délivrée par le préfet après avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF).

L'évaluation de l’état chimique dans l’état écologique, concerne en Bretagne 39 substances actives dites polluants spécifiques de l’état écologique (PSEE) de la DCE (liste fournie en Annexe VIII de la DCE). Afin de prévenir et réduire la pollution des eaux, les concentrations de chaque substance active détectée dans le milieu sont comparées à une norme de qualité environnementale (NQE). La NQE est définie comme la « concentration d’un polluant ou d'un groupe de polluants dans l'eau, les sédiments ou le biote qui ne doit pas être dépassée, afin de protéger la santé humaine et l'environnement ».
Une NQE globale est donc déterminée à partir des normes de qualité spécifiques calculées pour chacun des compartiments (eau, sédiment, biote, santé humaine).  Le calcul de la norme de qualité pour la protection des organismes vivants dans l’eau douce est basé sur un jeu de données générées par des essais ou des modélisations d’écotoxicité, menés sur des organismes aquatiques représentatifs.
Deux types de valeur seuil sont déterminés pour les organismes aquatiques :

  • la NQE MA - concentration moyenne annuelle - destinée à protéger les organismes d’une possible exposition prolongée à une substance ;
  • la NQE CMA - concentration maximale acceptable - destinée à protéger les organismes contre de possibles effets dus à des fortes concentrations de courtes durées.

Plus une norme est faible, plus son impact sur les organismes aquatiques est fort. Deux classes d’état sont définies : bon état (respect des normes) et mauvais état (non-respect des normes). Utiliser les 39 polluants spécifiques de l’état écologique (PSEE) est une approche partielle de la nocivité des substances actives utilisées. Un traitement complémentaire avec les concentrations attendues sans effet (PNEC) sur un panel plus large de substances actives permettrait d’avoir une vision plus exhaustive du potentiel écotoxique des substances retrouvées dans les cours d’eau bretons.

 

Sources des données

Les données traitées proviennent de :

  • AFB :  export de la base de données Naiades (via Hub'eau), plateforme d’accès aux données brutes sur la qualité des eaux de surface ;
  • DREAL : export de la BD Lyxea / BEA (suivis qualité complémentaires effectués dans le cadre des contrats de territoire) et de la BD CORPEP ;
  • AELB : export de la base de données OSUR, plateforme d’accès aux données brutes de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne ;

Information : En 2018 des erreurs de bancarisation ont été signalées sur les stations 04208350, 04208395, 04208735. Leur résultats ne sont donc pas intégrés à cette analyse

Les exports sont réalisés sur l’ensemble des données disponibles sur la période 01/1995 – 12/2018, tous dispositifs de collecte confondus. Le traitement des doublons de bancarisation est géré par l’OEB.
L'intégralité de l'historique des données est reprise à chaque mise à jour, afin que les résultats proposés dans les tableaux de bord intègrent les corrections apportées par les producteurs dans la base de données. Des évolutions dans l'historique des résultats sont donc possibles d'une année sur l'autre.

Analyses des données de synthèses

Pour les calculs de concentration seules les analyses quantifiées (dont le résultat est supérieur au seuil de quantification et inférieur au seuil de saturation) sont prises en compte.

La description des substances se base sur une compilation des sources suivantes :

Analyses des données - Dépassement des seuils fixés pour l’AEP

Seules les analyses quantifiées (dont le résultat est supérieur au seuil de quantification et inférieur au seuil de saturation) sont prises en compte pour le calcul du respect des limites règlementaires sanitaires.

  • Seuils de restitution par station :
    • Rouge - Dépassement des seuils 2 μg/l (max) et/ou 5 μg/l (somme)
      • Concentration > 2 μg/l au moins une fois dans l'année toutes substances confondues
      • Et/ou somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) > 5 μg/l
    • Orange - Dépassement des seuils 0,1 μg/l (max) et/ou 0,5 μg/l (somme)
      • Concentration > 0,1 μg/l au moins une fois dans l'année toutes substances confondues
      • Et/ou somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) > 0,5 μg/l
    • Vert - Pas de dépassement
      • Concentration ≤ 0,1 μg/l toutes substances confondues
      • Et somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) ≤ 0,5 μg/l
  • Seuil de restitution des concentrations maximales par substance (par station):
    • Rouge - Concentration > 2 μg/l au moins une fois dans l'année
    • Orange - Concentration > 0,1 μg/l au moins une fois dans l'année
    • Vert - Concentration ≤ 0,1 μg/l
  • Seuil de restitution de la somme des concentrations de substances quantifiées simultanément dans l’eau (par prélèvement) :
    • Rouge - Somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) > 5 μg/l
    • Orange - Somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) > 0,5 μg/l
    • Vert - Somme des concentrations des différentes substances quantifiées présentes simultanément (dans un même prélèvement) ≤ 0,5 μg/l

Analyses des données - Respect des NQE

L'analyse des NQE MA et CMA n'est possible que sur les substances actives recherchées et détectées dans l'eau. Les résultats sont donc particulièrement sensibles à l'effort d'investigation sur les polluants spécifiques concernés. A noter également qu'en aucun cas une analyse des NQE n’est représentative de l'effet cumulatif impactant les organismes aquatiques qui ne fait, quant à lui, pas encore l'objet d'évaluation particulière. Cet impact est partiellement intégré dans les indicateurs d’évaluation de l’état biologique (IBD, IBMR, IBGN ou I2M2 notamment).

La méthode de calcul pour les NQE reprend l’arbre de décision décrit dans le “Guide technique d’évaluation de l’état des eaux de surface continentales” Edition mars 2016, p. 34.
Pour ces traitements, seules les analyses bancarisées sous un code remarque anlayse 1 (Résultat > seuil de quantification et < au seuil de saturation), 7 (Traces < seuil de quantification et > seuil de détection) et 10 (Résultat < au seuil de quantification) sont considérées.

Lorsque la limite de quantification n’est pas renseignée, elle est remplacée par :

  • le résultat pour l’analyse dont le code remarque est égal à 10 ou 7
  • et par 0 pour l’analyse dont le code remarque est égal à 1.

Les traitements ne portent que sur les substances qui ont une NQE (MA ou CMA) individuelle. Le cas des familles de substances n’est pas traité ici.
Une substance ne respecte pas sa NQE quand la NQE MA et/ou la NQE CMA n’est pas respectée. Une substance est en respect de sa norme NQE quand la NQE MA et la NQE CMA sont respectées. L’état n’est pas connu si la NQE CMA est respectée mais qu’il n’est pas possible de se prononcer pour le respect de la NQE MA.
L’état d’un site est défini de la manière suivante :

  • lorsque l'une des NQE pour les substances détectées n'est pas respectée, la station est considérée comme étant en mauvais état ;
  • lorsque la totalité des NQE pour les substances détectées, la station est considérée comme étant en bon état ;
  • lorsque le respect des NQE n'a pu être déterminé pour l'ensemble des substances détectées, dans ce cas uniquement, l'état de la station est considéré comme étant inconnu.

 

Les modalités de rapportage fixées au niveau communautaire prévoient une famille « pesticide » qui regroupe treize paramètres. La France a choisi d’ajouter cinq paramètres pour l’évaluation de l’état écologique (polluants spécifiques synthétiques) avec des NQ-MA complémentaires en cours d’eau. Soit 39 substances pesticides en Bretagne (dont 18 herbicides, 12 insecticides, 4 fongicides et 1 molluscicide), dont 13 interdites d’usages en France (cf. tableau ci dessous).

Deux classes d’état sont définies : bon état (respect des normes) et mauvais état (non-respect des normes)

 Sources : Arrêté du 27 juillet 2015 modifiant l’arrêté du 25 janvier 2010 relatif aux méthodes et critères d’évaluation de l’état écologique. En gris les substances non considérées en Bretagne (cf. liste des substances à considérer dans le protocole régionale- DREAL 2015)
Pesticides cyclodiènes 4 = Aldrine, Dieldrine, Endrine et Isodrine.
DDT Total = DDT pp’, DDT op’, DDE pp’, DDD pp’.
Hexachlorocyclohexane = Alpha-HCH, beta-HCH, delta-HCH et gamma-HCH (lindane).

Auteurs : Elodie Bardon (OEB)

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