En Bretagne, le changement climatique s’accompagne d’une forte modification du cycle de l’eau : des crues plus intenses en période hivernale et des débits des cours d’eau et des niveaux des nappes plus faibles en période estivale. Ces modifications du cycle de l’eau sont finement étudiées via Explore2, un projet piloté par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAe) et l’Office international de l’eau (OiEau). La projection des besoins en eau dans le futur est encore peu appréhendée et les différentes études en Bretagne se basent sur un panel contrasté d’hypothèses et de méthodologies. Elles s’accordent cependant sur une projection d’augmentation des besoins futurs, particulièrement en période estivale.
Pour estimer les besoins futurs en eau en Bretagne, il convient de projeter les évolutions tendancielles des besoins de ces dernières années à différents horizons. Cette projection est particulièrement intéressante pour observer si les tendances actuelles sont soutenables face au changement climatique et aux autres pressions futures sur la ressource en eau.
Diverses études dites "tendancielles" ont été réalisé ou sont en cours à l’échelle de la France métropolitaine et dans plusieurs territoires bretons.
- Des interprétations différentes selon l’échelle d’étude
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Pour l’échelle régionale, l’étude France Stratégie réalisée à l’échelle de la France métropolitaine est divisée en quarante groupes de bassins versants, dont deux groupes composant la Bretagne hydrographique (Vilaine et Côtiers Bretons).
Les résultats bretons extraits de cette étude ne visent pas à prévoir la demande en eau future, mais plutôt à imaginer quelle pourrait être cette demande si les tendances bretonnes observées entre 2010 et 2020 se poursuivaient. L'étude comprend également des résultats selon d'autres scénarios prenant en compte l'application de politiques publiques d'adaptation.
Pour les échelles locales, les travaux réalisés par les acteurs bretons aux échelles départementales (pour la sécurisation de l'alimentation en eau potable) et des bassins versants (pour la définition de projets de territoire pour la gestion de l'eau) sont plus détaillés et visent à construire des plans de gestion de la ressource. Ces travaux sont indispensables pour permettre une gestion durable de la ressource en eau, pour l’ensemble de ses usages.
- Connaître les usages actuels de l’eau en Bretagne pour mieux appréhender les projections
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Il n’y a pas de prélèvement d’eau brute pour la production d’énergie sur le territoire breton, contrairement à d’autres régions françaises. Les prélèvements en eau sur le territoire breton sont liés à d’autres secteurs d’usages : le résidentiel, l'industrie, l’élevage et l’irrigation des cultures.
Les prélèvements pour la production d'eau potable s'effectuent majoritairement dans les eaux de surface : 75 % en rivières et retenues d'eau. 25 % sont prélevés dans les nappes dont la capacité de stockage est relativement faible mais surtout difficilement mobilisable car très fragmentées.
Ces prélèvements ont différents impacts sur les milieux. Les secteurs de l’industrie et du résidentiel restituent la majorité de leurs eaux aux milieux naturels. L’irrigation et l’élevage consomment la majorité de leurs eaux prélevées, c’est à dire qu'elles ne sont pas restituées au milieu (consommation par les plantes et les animaux, évapo-transpiration). Selon les quantités, les prélèvements induisent un assèchement des milieux plus ou moins important.
En savoir plus : Le suivi des prélèvements d'eau brute en Bretagne
Les prélèvements en Bretagne à l'horizon 2050 estimés par l'étude France Stratégie
L’étude France Stratégie a été réalisée à l’échelle de la France métropolitaine, divisée en quarante groupes de bassins versants. Elle a estimé un scénario tendanciel d’évolution de la demande en eau pour l’ensemble des secteurs d’usages. Les résultats en Bretagne ont été synthétisés à partir des deux groupes de bassins versants de la Vilaine et de l’ensemble des bassins côtiers bretons.
Les hypothèses retenues pour la Bretagne
À l’échelle régionale, la prospective de France Stratégie projette
une augmentation des prélèvements d’eau de 27 % entre 2020 et 2050.
Cette étude est basée sur une hypothèse basse d’évolution de la population bretonne. En effet, elle utilise le scénario INSEE "bas" qui projette une stabilité de la population bretonne, contrairement à l'augmentation constatée de 2010 à 2020 (+5 %).
Aussi, ce scénario se base sur une hypothèse très élevée d’évolution de la part de surfaces irriguées (+190 %), largement plus que l’augmentation observée de 2010 à 2020 (+20 %).
Ainsi de 2020 à 2050, la part de surfaces irriguées en Bretagne passerait de 1 % à 3 % des surfaces agricoles. Cette accélération de l’augmentation des parts de surface irriguée s’explique dans l’étude par l’augmentation de l’évapotranspiration des cultures liée au changement climatique. L’usage de l’irrigation est cependant le seul usage sur lequel le scénario prend en compte le changement climatique, alors que diverses études commencent à démontrer son impact sur les autres secteurs d’usage.
- En savoir plus sur l'impact du changement climatique sur les différents secteurs d'usages de l'eau
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- Etudes sur l’impact du changement climatique sur les principales productions agricoles du bassin rennais
- Synthèse des enjeux liés à l'eau pour l'avenir de la Bretagne
- Etudes sur l’impact du changement climatique sur les ressources en eaux souterraines en Bretagne
- Etude sur la caractérisation des usages économiques de l'eau sur le bassin Loire-Bretagne
L’écart entre les besoins estivaux et hivernaux bretons s’intensifient
Si l’on regarde plus précisément la projection bretonne mensuelle des besoins en eau dans l’étude France Stratégie, on observe une plus forte augmentation des besoins sur la période estivale que sur la période hivernale, jusqu’à atteindre +76 % d’ici à 2050. Cette augmentation va à l’inverse de l’évolution de la ressource en eau, qui tend à baisser de plus en plus entre juin et novembre.
Les besoins futurs en eau potable par département estimés par les schémas départementaux d'alimentation en eau potable (SDAEP)
Les projections réalisées dans le cadre des Schémas départementaux d’alimentation en eau potable (SDAEP) prennent en compte d’autres hypothèses. Elles évaluent à court et moyen terme le bilan entre les besoins et les ressources disponibles afin de planifier les travaux de sécurisation et les mesures d’économies d’eau à mettre en œuvre par les collectivités.
Ces projections concernent uniquement les besoins en eau liés au réseau d’alimentation en eau potable publique (AEP) et non les prélèvements privés ou non déclarés.
Les projections pour les départements d’Ille-et-Vilaine et des Côtes-d’Armor présentées dans cet article sont dites “tendancielles”. Elles se basent sur les tendances d’évolution des indicateurs choisis (nombre d’habitants, nombre d’abonnés au réseau d’alimentation en eau potable, consommation par abonnés, etc.) et sur des hypothèses différentes pour simuler l’évolution des volumes d’eau potable à distribuer à différents horizons.
La figure ci-dessous représente ces projections avec les indicateurs retenues à l’horizon 2030.

- Détails de la projection des Côtes d’Armor
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En Côtes d’Armor, le SDAEP projette une augmentation du volume d’eau potable à distribuer de 7 % de 2022 à 2030. Il se base sur un scénario d’évolution de la population cohérent avec les objectifs démographiques des schémas de cohérence territoriale (SCOT), qui sont des schémas d’aménagement et de développement du territoire sur 20 ans. La consommation par abonné, qui est le volume distribué par abonné, est stable. Le nombre d’abonnés intermédiaires, soit les consommateurs moyens (entre 600 et 6000 m3 par an, principalement le secteur agricole) augmente de 4 %, et le nombre d’abonnés gros consommateurs (principalement le secteur industriel) reste stable.
En savoir plus : Syndicat Départemental d'Alimentation en Eau Potable des Côtes d'Armor
- Détails de la projection de l’Ille-et-Vilaine
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En Ille-et-Vilaine, le SDAEP projette une augmentation du volume d’eau potable à distribuer de 6 %, de 2019 à 2030. Il utilise le scénario Insee central qui prend en compte l'évolution de la population, soit +7 % de 2019 à 2030 ; les autres indicateurs étant considérés comme stables.
En savoir plus : Le schéma départemental d'alimentation en eau potable - SMG Eau 35
Des hausses prévues par France Stratégie et les SDAEP incompatibles avec les objectifs nationaux
On constate une tendance à la hausse des besoins en eau dans les trois projections, accentuée, selon les scénarios, par l'augmentation démographique bretonne, l’essor de l’irrigation et le dérèglement climatique.
Un travail de régulation de ces besoins à la hausse a déjà commencé depuis 2019 grâce au Plan Eau National. L’objectif de ce plan est d’atteindre -10 % de réduction des prélèvements à l'horizon 2030. Des efforts restent à engager pour l’ensemble des usages de la ressource en eau en Bretagne : résidentiels, agricoles et industriels.
Des études en cours à échelle des bassins versants
En plus des projections à échelle départementale, des études sur la gestion quantitative de l'eau sont en cours à échelle des bassins versants. Elles permettent d'évaluer la ressource en eau disponible en se basant sur des indicateurs et des hypothèses propres à leur territoire, en fonction des données disponibles. Elles servent de support aux études Hydrologie, Milieux, Usages Climat (HMUC) qui permettront aux Commissions locales de l'eau d'anticiper la gestion future des usages de l'eau.

Que retenir ?
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La projection des besoins en eau dans le futur, qui devront s’adapter au changement climatique, est encore peu appréhendée et les différentes études l’estimant en Bretagne se basent sur un panel contrasté d’hypothèses et de méthodologies.
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Avec le rapport France-Stratégie, on peut imaginer l’évolution future de la demande en eau si les tendances bretonnes observées entre 2010 et 2020 se poursuivaient : une augmentation de la demande globale de +27 % en 2050 par rapport à 2020, avec une augmentation des besoins estivaux accentuée par le changement climatique.
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Les Schémas départementaux d’alimentation en eau potable de Côtes d’Armor et d’Ille et Vilaine ayant actualisé leurs chiffres tablent respectivement sur des projections tendancielles de +7 % et +6 % des besoins en eau potable à Horizon 2030 par rapport à 2019.
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Les résultats extraits de l’étude France-Stratégie et les projections des SDAEP s’accordent sur une augmentation des besoins futurs en eau, particulièrement en période estivale, si les tendances actuelles de prélèvement se poursuivent. Le travail d’atténuation de ces tendances à la hausse a déjà commencé depuis 2019 grâce au Plan Eau National et devra continuer.