Dernière mise à jour le : 14 janvier 2021

Analyse de l'empreinte carbone des Bretons

Les importations de biens, composants ou matières premières depuis l’étranger à destination des Bretons participent à dégrader notre environnement, notamment en induisant des émissions de gaz à effet de serre "délocalisées". Ces importations répondent à la demande des Bretons et des entreprises françaises qui les fournissent. L’empreinte carbone de la consommation est un indicateur qui retrace les émissions de gaz à effet de serre dans le monde, pour produire les biens et services consommés par les ménages et acteurs (hors entreprises) du territoire breton. Ce calcul qui passe par une modélisation du commerce international permet de retracer finement les émissions induites par les Bretons tout au long de la chaîne de valeur, jusque dans les pays ou régions du monde où ont effectivement eu lieu les émissions. Il permet ainsi d'évaluer de manière exhaustive la responsabilité environnementale collective des Bretons vis-à-vis du réchauffement climatique à l'échelle du globe.

Les composantes de l'empreinte carbone

L’empreinte carbone de la consommation des Bretons est estimée en 2018 à 9,1 teq CO2 par habitant (calcul à partir de la méthode " Empreintes environnementales régionalisées v1.2).

La décomposition du résultat par type d'émissions permet de distinguer :

  • pour 17 % du total, des émissions générées directement pas les ménages bretons en Bretagne, c’est dire les émissions induites par la combustion de carburant pour leur véhicules personnels (transport) et pour les combustions liées à l’usage domestique de l’énergie comme le fuel ou le gaz (logement).
  • pour 33 % du total, des émissions ayant lieu en France pour la production de biens et services destinés aux Bretons (entreprises françaises situées sur le territoire national y compris en région Bretagne).
  • pour 49 % du total, des émissions ayant lieu à l’étranger soit pour fournir les entreprises françaises (émissions grises) soit pour produire des biens finis ensuite importés directement pour les Bretons (émissions indirectes).
  • pour moins de 1 % du total, des émissions générées par des entreprises françaises qui exportent des composants ré-importés ensuite sous formes d’autres composants où produits finis pour répondre à la demande des Bretons. Cette composante de l’empreinte carbone est très faible.

Ce premier constat montre sans ambiguïté l'incidence environnementale planétaire des modes de vies en Bretagne. Les émissions de gaz à effet de serre générées pour la consommation finale régionale sont situées à plus de 70 % hors du territoire régional.

Le contexte économique international des échanges de biens et de services au bénéfice des Bretons se traduit par des importations dont les émissions directes et indirectes représentant la moitié de l'empreinte carbone. Un tiers de l'empreinte est induite par les moyens de productions déployés pour satisfaire à la demande régionale en France.

 

Des émissions délocalisées sur toute la planète

Une répartition géographique plus fine de l'empreinte carbone des Bretons apporte un éclairage plus précis sur la localisation des impacts induits. La France et la Bretagne sont, évidemment, des territoires fortement émetteurs.

La Bretagne est le lieu d'émission de consommation des combustibles fossiles servant au fonctionnement des infrastructures bâties et aux véhicules. Les entreprises françaises (en partie sur le sol breton) sollicitées pour la production de biens et services consommés par les Bretons génèrent 58% de l'empreinte d'un breton dont la majeure partie (34% de l'empreinte) des émissions est localisée en France.

Malgré tout, 50 % des émissions de l’empreinte carbone des Bretons ont lieu à l’étranger, notamment en union européenne, en Afrique, au Moyen-Orient et en Chine. Ces pays et régions assument sur leur propre territoire des émissions destinées à satisfaire les besoins des Bretons. La moitié des émissions induites dans ces pays sont issues des consommations des entreprises françaises pour assurer ensuite la production ou la “ dernière transformation ” en France. La seconde moitié des émissions importées correspond aux achats directs de biens finis étrangers par les ménages.

 

La consommations de biens est la cause principale de l'empreinte carbone

Le poids carbone des biens de consommations dépasse de loin les émissions issues directement de l’action des ménages via l’utilisation de leurs véhicules ou la combustion de gaz et de fioul dans leur logement. Nous l’avons vu, la part des émissions de gaz à effet de serre directement émis par les ménages est relativement faible (17 % de l’empreinte carbone) si on la compare aux émissions nécessaires pour produire les biens et services consommés par les Bretons (83 %).

 

Les émissions directes des véhicules particuliers représentent moins de la moitié des émissions liées au transport des ménages

Les transports représentent le premier poste d’émissions. La consommation de transports aérien, routier et ferroviaire (dont émissions grises) et les émissions grises des véhicules particuliers (dont amont des carburants et produits d’entretiens) représentent 1,5 teq CO2 par Breton et par an. Les émissions directes (combustion de carburant) des véhicules particuliers représentent quant à elles 1 teq CO2. Ceci porte le total des émissions issues du transport à 2,57 teq CO2 par Breton et par an soit 30 % de l’empreinte carbone totale.

Les émissions générées par la consommation de carburants d'origine fossile des véhicules personnels des bretons représentent donc moins de la moitié des émissions associées à leurs déplacements. Le reste est émis lors de la fabrication des véhicules, des produits liés à leur entretien, et pour la production des carburants.

Logements : la place importante des émissions grises de l'énergie et des consommations de fluides

Les consommations de biens et services liées au logement sont, sur le plan quantitatif, le second contributeur de l'empreinte. L'impact de l'utilisation de ressources fossiles pour le chauffage, mais aussi l'ensemble des émissions générées par les infrastructures destinées à satisfaire les besoins d’eau et d'énergie des logements sont évaluées à 0,5 teq CO2/habitant. Les émissions indirectes pour l'ameublement, les équipements ménagers et l'ensemble des produits d'entretien est lui estimé à 0,6 teq CO2/habitant. Les émissions générées par le secteur du bâtiment en France et dans le monde pour satisfaire les beoins en Bretagne représentent quant à elles 1,3 teq CO2/habitant soit plus de la moitié du total de ce poste.

Focus sur l'habillement : des émissions presque uniquement délocalisées

Si les achats de vêtements et de chaussures ne sont pas l’un des premiers postes de l’empreinte carbone, ils représentent en revanche un exemple évocateur des "fuites de carbone" puisque plus de 95 % des émissions qui y sont associées ont lieu à l’étranger. Elles ont majoritairement lieu en Afrique, au moyen orient et en Asie. Ces émissions délocalisées mettent ainsi en évidence la situation particulière d'un segment industriel (le textile) dont les sites de production ont quasiment entièrement disparus du territoire national.

 

Décomposition de l'empreinte carbone d'un breton

En considérant la méthodologie d'estimation basée sur l'utilisateur final, si les ménages ne sont pas les seuls contributeurs de l'empreinte carbone, leurs consommations est à l'origine de près de 70 % du résultat. Le reste soit 30 % est associé à d'autres catégories d'acteurs. Les consommations des services et administrations publiques (centrales, locales, sécurités sociales) et les consommations générées par les acteurs associatifs (catégorie “autres”) comptent, ainsi pour la moitié de l'empreinte carbone hors ménage soit environ 1,5 teq CO2/habitant. L'autre part est induite par la formations brute de capitaux fixes (agrégat qui mesure, en comptabilité nationale, l'investissement en capital fixe des différents agents économiques résidents).

Cette décomposition des résultats ne traduit pas, pour autant, une responsabilité des ménages Bretons vis-à-vis du réchauffement climatique. Elle est l'expression des pressions environnementales d'un territoire exercées collectivement par l'activité humaine traduites selon une vision de l'économie centrée sur la consommation.

L'empreinte carbone doit être comprise comme une mesure de l'impact de nos modes de vie en termes d'émissions de gaz à effet de serre eux même associés à un ensemble de choix sociétaux. La méthode impose un changement de focale sur l'origine des émissions de gaz à effet de serre régionales pour apporter une mesure la plus exhaustive possible des pressions environnementales exercées par l'activité humaine. Elle permet de compléter l'état des lieux régional en repositionnant le territoire Breton dans le contexte économique international. Ce nouvel indicateur apporte, ainsi une meilleure lecture de la problématique climatique et des éléments de compréhension différents pour l'élaboration d'une stratégie partagée de lutte contre le réchauffement climatique.

Auteurs : Pierre Darrentieres et Thomas Paysant Le Roux (OEB)
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