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Le bois-énergie : de quel bois se chauffe-t-on en Bretagne ? Et quels impacts sur l'environnement et la santé ?

Par Emmanuèle Savelli et Alejandro Zermeno Rodriguez (OEB)
en collaboration avec Aliette Lacroix (OEB) Karine Le Méhauté, Simon Leray et Marion Delidais (Air Breizh) Béatrice Gautier-Grall (ARS)
Mise à jour : 16 février 2026
Temps de lecture : 11 minute(s)
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énergie
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L'énergie produite en Bretagne repose pour environ 80 % sur l’exploitation d’énergies renouvelables
Comprendre pourquoi les énergies renouvelables en Bretagne ne suffisent pas aujourd’hui à son autonomie énergétique
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Photo Coupe de bois bûche

Longtemps utilisé pour se chauffer, le bois occupe aujourd’hui une place centrale dans la transition énergétique en Bretagne. Mais comment une énergie issue d’un matériau riche en carbone peut-elle contribuer à la décarbonation ? Entre atouts climatiques, poids économique régional et impacts sur l’environnement et la santé, le chauffage au bois soulève de nombreuses questions. Faisons le point sur le rôle du bois-énergie en Bretagne, ses bénéfices, mais aussi les défis qu’il pose.

Pourquoi parler de décarbonation quand on consomme du bois pour produire de l’énergie alors qu’il est constitué de carbone ?

Les forêts stockent du carbone dans les végétaux vivants (grâce à la croissance biologique), mais aussi dans les végétaux morts et dans le sol (où les êtres vivants recyclent la matière organique). Au contraire, la réaction chimique de la combustion du bois émet du carbone. Les forêts sont donc des réservoirs de carbone qui interagissent avec l’atmosphère. 

Le bois forestier est une énergie renouvelable sur plusieurs décennies et est utilisé comme substitut aux énergies fossiles (non renouvelables à l’échelle humaine) pour produire de l’énergie. L’usage du bois forestier à des fins énergétiques contribue à lutter contre le changement climatique à condition que ces écosystèmes continuent à stocker du carbone et qu’on ne les dégrade pas. Tout est une question d’équilibre dans les pratiques. Lorsque les forêts absorbent plus de carbone qu’elles n’en émettent (par exemple, grâce à du reboisement), celui-ci est stocké durablement et elles deviennent un puits de carbone. En cas d’incendie, les forêts deviennent une source de carbone car elles rejettent plus de carbone qu’elles n’en absorbent.

En France métropolitaine, les scientifiques considèrent que le bilan carbone global est neutre : «  les émissions de CO2 issues de la combustion du bois [peuvent] être considérées comme équivalentes aux flux captés lors de la croissance de la biomasse [matière d'origine organique (animale, végétale et bactérienne)], donc matérialisées par une valeur nulle. Ce bilan carbone global neutre a été considéré valable en France métropolitaine comme dans tous les pays où il y a peu de déforestation, pour l’ensemble de la biomasse agricole, et pour le bois lorsque les prélèvements restent en deçà de l’accroissement biologique forestier en attribuant ainsi l’accroissement forestier annuel au contrebalancement des émissions de CO2 biogéniques [c’est-à-dire contenu dans la biomasse d’origine agricole ou forestière, émis lors de sa combustion ou dégradation, ainsi que celui contenu dans la matière organique du sol]. » (Source : Le carbone biogénique)

Ainsi, par convention, les émissions de dioxyde de carbone résultant de la combustion du bois-énergie ne sont pas comptabilisées dans les bilans d’émissions de gaz à effet de serre. Néanmoins, si l’équilibre global des forêts françaises venait à évoluer, elle n’aurait plus lieu d’être.

Quelle est la part du bois dans la production d’énergie renouvelable en Bretagne ?

Toutes filières confondues, le bois arrive en tête du mix des ressources énergétiques utilisées en Bretagne pour produire de l’énergie. Il en fournit environ un tiers, avec 1,5 millions de tonnes de bois transformés en chaleur et en électricité. Si on considère uniquement les énergies renouvelables, cette part atteint même 47 %. C’est d’ailleurs une particularité régionale car, en France, la part du bois dans la production d’énergies renouvelables avoisinait 34 % en 2022.

Comment expliquer le recours important au bois de chauffage dans la région ?

L'exploitation du bois pour le chauffage domestique a toujours été forte en Bretagne. Et ce marché ne fait que croître puisqu'entre 2012 et 2022, la récolte de bois-énergie a triplé pour répondre à la demande. Se chauffer au bois est une pratique traditionnelle dans la région, largement répandue chez les ménages, et néanmoins en plein essor. En 2022, 640 000 maisons individuelles utilisaient le bois comme moyen de chauffage principal ou secondaire. Cela représente la moitié du parc des maisons individuelles de la région et près d’1 million de tonnes de bois consommé chaque année.  

Parmi les maisons individuelles, le taux d’équipement en appareil de chauffage en milieu rural (53 %) est supérieur à celui en milieu urbain dense.

Une enquête menée en 2023 sur le chauffage au bois en Bretagne a montré que de plus en plus de foyers utilisent le bois pour se chauffer depuis les années 2000. Les appareils à bûches sont majoritaires même si ceux à granulés ont fortement évolué en 10 ans (taux d’équipement passé de 3 % en 2013 à 23 % en 2022). La consommation de bois de chauffage a augmenté mais cette croissance est tempérée par l’amélioration des performances énergétiques des équipements et du bâti, récent ou rénové. 

Mais la nécessité de soutenir des projets de rénovation est toujours d’actualité : 54 % des foyers équipés au chauffage bois n’arrivent pas à chauffer plus de la moitié de leur maison.

En plus du bois à usage domestique, à partir des années 2000, sont apparues en Bretagne des chaufferies fonctionnant au bois déchiqueté, dont la puissance dans le cas de grosses unités est parfois 1 000 fois supérieure à celle d'un appareil individuel. À l'origine, l’industrie du bois utilisait des chaufferies pour sécher ses sciages et valoriser énergétiquement ses déchets et produits connexes. Avec le temps, les installations se sont diversifiées. En 2023, on comptait près de 600 chaufferies d’une puissance allant de 15 kW à 33 MW qui consommaient près de 470 000 t/an de bois, à 98 % sous une forme déchiquetée. Désormais, elles appartiennent en majorité à des collectivités et des agriculteurs. Elles servent à chauffer des bâtiments publics, des bâtiments d'élevage, des serres, ou encore elles alimentent des réseaux de chaleur urbains.

En Bretagne, deux chaufferies (parmi les plus grosses de la région) produisent même de l'électricité en plus de la chaleur (unités de cogénération). 

D’où vient le bois de chauffage consommé en Bretagne ?

Pour l’essentiel, il s’agit de ressources en bois local. Les bûches du bois de chauffage sont principalement issues du bocage et de la forêt en Bretagne, sans qu’il soit possible de retracer précisément leur origine. En effet, une grande partie du bois provient de circuits informels, courts ou d’auto-approvisionnement. Seule une très faible part des bûches consommées passe par des circuits commerciaux classiques de distribution. Le bois bûche est aux trois quarts constitués de feuillus dur (chêne, châtaignier, charme, hêtre, orme, etc.), plus rarement de résineux, ou de feuillus tendres.

Les granulés de bois sont de plus en plus utilisés pour le chauffage domestique. Ils sont fabriqués à partir de sciures, plaquettes ou de petits bois non valorisables en bois d’œuvre, issus principalement de résineux, mais également de feuillus.

La forêt et les déchets de bois fournissent l'essentiel de la ressource en bois déchiqueté. Les déchets de bois sont tous les bois non traités, en fin de vie, de type broyats de palettes et d'emballages, ainsi que les sous-produits de l'industrie du bois.

La mobilisation du bois affecte les écosystèmes et leur capacité à stocker du carbone à court et long terme. Elle peut avoir des impacts sur la biodiversité, les paysages et la ressource en eau. Parce qu’elle a fortement augmenté en 10 ans, la récolte du bois breton a fragilisé la ressource forestière en résineux et la ressource en bois bocager. Au contraire, les feuillus forestiers sont largement sous-exploités.
 

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Quel est l’impact du chauffage au bois sur la qualité de l’air ?

Dans certaines conditions de combustion, lorsque le bois ne brûle pas complètement ou dans des conditions météorologiques défavorables (feu en plein air, foyer ouvert, appareils de chauffage anciens ou encore usage de bois humide), il émet des particules fines de diamètres inférieurs à 2,5 (PM2,5) et 10 micromètres (PM10), et des composés chimiques dangereux pour la santé (CO, COV, HAP, etc.). 

59 % des émissions de particules fines PM2,5 sont liées au chauffage au bois et 96 % de celles-ci, sont dues en particulier au chauffage domestique. 

« Les particules PM10 et PM2,5 peuvent provoquer une atteinte fonctionnelle respiratoire, le déclenchement de crises d’asthme et la hausse du nombre de décès pour cause cardio-vasculaire ou respiratoire. » (Source : Santé publique France).

Les derniers résultats d’Air Breizh, organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air en Bretagne, indiquent que les émissions de particules fines peuvent contribuer aux épisodes de pollution atmosphérique dans les zones bretonnes densément peuplées et dans certaines conditions météorologiques (en hiver et au printemps, dans des conditions anticycloniques marquées). Entre 2008 et 2022, les émissions de particules fines PM10 et PM2,5 ont baissé mais elles doivent baisser davantage pour respecter la future réglementation qui entrera en vigueur en 2030 (plus stricte que la réglementation actuelle) et tendre vers aux recommandations de l’OMS, organisation mondiale de la santé (5 μg/m3).

Les PM10 proviennent pour moitié de l'agriculture et aussi des transports. Les PM2,5 sont aussi émises lors de la combustion des carburants fossiles. Dans une moindre mesure, elles sont également le résultat de réactions chimiques dans l’air liées à l’ammoniac agricole.

CO : monoxyde de carbone ; COV : composés organiques volatiles ; HAP : hydrocarbures aromatiques polycycliques.

D’après une récente étude de Santé publique France, si la pollution de l’air en Bretagne due aux particules fines (appelées PM2,5) baissait jusqu’aux niveaux conseillés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 1 800 décès pourraient être évités chaque année. Mais ce n’est pas tout : cette amélioration de la qualité de l’air aurait aussi des effets positifs sur la santé des enfants et des adultes. Si l’air respectait les recommandations de l’OMS dans toutes les communes bretonnes, on pourrait éviter chaque année :

  • entre 20 et 1 100 nouveaux cas de maladies respiratoires chez les enfants,
  • et entre 40 et 2 100 nouveaux cas de maladies du cœur, des poumons ou liées au métabolisme (comme le diabète) chez les adultes.
Aller plus loin avec des données spatiales et temporelles détaillées

Chaque année, le rapport d’Air Breizh présente les résultats des mesures annuelles en particules fines (PM2,5 et PM10) et leur impact sur la qualité de l’air en Bretagne. À retrouver sur : www.airbreizh.asso.fr

Que retenir ?

  • Le chauffage au bois est considéré comme une énergie renouvelable et peut aider à réduire l’usage des produits fossiles, à condition que les pratiques sylvicoles permettent aux écosystèmes forestiers de stocker du carbone et qu’on ne les dégrade pas.

  • En Bretagne, le bois est la première source d’énergie renouvelable : il représente environ un tiers de toute l’énergie produite et 47 % des énergies renouvelables. La récolte de bois pour du chauffage a triplé en 10 ans.

  • Le chauffage au bois est très répandu en Bretagne, surtout dans les maisons individuelles : une maison sur deux l’utilise comme chauffage principal ou secondaire. Elles consomment environ 1 million de tonnes de bois par an sous forme de bûches ou de granulés. Ce bois, issu pour l’essentiel de feuillus, est récolté en majorité dans le bocage et la forêt. Son origine est difficile à connaître car une grande partie du bois provient de circuits non-commerciaux, courts ou d’auto-approvisionnement.

  • En 2023, la Bretagne comptait également 600 chaufferies qui consommaient environ 470 000 t/an de bois sous une forme déchiquetée. Il s’agit surtout de résineux provenant de la forêt, du bocage mais aussi de co-produits de la filière bois (sciures) et bois en fin de vie.

  • Le chauffage au bois peut polluer l’air, surtout avec des appareils anciens ou mal utilisés, en émettant des particules fines dangereuses pour la santé. Mais des solutions existent (meilleurs équipements, bonnes pratiques, sensibilisation).
     

photo Emmanuele Savelli
Emmanuèle Savelli
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Alejandro Zermeno Rodriguez
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Aliette Lacroix
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